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Fritch-Laurey : échanges incisifs à l’Assemblée

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Le cas "Nuihau Laurey" a été débattu jusque dans l’hémicycle ce jeudi matin. Mercredi soir, le sénateur a annoncé qu’il quittait le parti et son groupe. En séance, le président du Pays n’a pas hésité à enfoncer le clou et à décocher des flèches acérées, à son encontre.

Publié le 14/05/2020 à 22:29 - Mise à jour le 15/05/2020 à 7:50
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Le cas "Nuihau Laurey" a été débattu jusque dans l’hémicycle ce jeudi matin. Mercredi soir, le sénateur a annoncé qu’il quittait le parti et son groupe. En séance, le président du Pays n’a pas hésité à enfoncer le clou et à décocher des flèches acérées, à son encontre.

“Comme certains semblent le penser… ceux -là même qui nous donnent des leçons, des conseils, sans-même remplir leur rôle de représentant de la Polynésie à Paris pour appuyer leurs demandes; les discussions prennent un peu de temps”.

Ces propos, signés Edouard Fritch, et prononcés au cours de la deuxième séance de la session administrative à l’Assemblée de la Polynésie ce jeudi, donnent le ton.

“Concernant les mesures à prendre pour apporter des solutions à la crise que nous traversons, il me semble nécessaire de vous apporter quelques précisions avant que certains ne se répandent dans les médias, comme on l’a vu ces derniers temps”, indique le président du Pays. “Tous ceux-là ne connaissant pas de façon précise l’action actuellement menée par notre gouvernement”. Christian Vernaudon, représentant de la Polynésie au Conseil Economique Social et Environnemental, et colistier de Nuihau Laurey aux dernières municipales, est également dans le viseur d’Edouard Fritch : “Nous aurions aimé avoir le soutien franc et massif de nos parlementaires, en particulier de nos parlementaires du Tapura Huira’atira, ainsi que du représentant du CESE, lesquels sont si prompts, aujourd’hui, à nous critiquer”.  

Mercredi soir, le sénateur a annoncé qu’il quittait les Rouges à l’issue du comité de majorité. Il réitère son vœu ce matin : “Je vais démissionner du groupe et du parti (…) On n’est pas là pour servir Edouard Fritch. On a été élus par une population. Moi, j’ai ma liberté de penser. Et je pense que les choix du gouvernement ne sont pas les bons. Je ne suis pas le seul à le penser. Maintenant, ma capacité d’agir, elle est limitée à ça. Si la société civile, si les chefs d’entreprises, pensent que d’autres solutions sont possibles, il faut qu’ils s’expriment, aussi, maintenant”.

“Pour faire court, on m’a indiqué la porte de sortie”

Nuihau Laurey le martèle : il n’a pas cherché à polémiquer en exprimant publiquement son opinion, mais plutôt, à partager ses propositions.”Je pense que la crise est grave, et qu’elle touche tous les secteurs d’activité. Que des milliers de salariés vont se retrouver sans emplois. Je pensais que c’était de ma responsabilité de le dire. J’en avais informé le président par courrier privé le 31 mars, au tout début du confinement. Il n’a pas daigné répondre à mon courrier, et donc, j’ai donné une interview où j’ai proposé une solution alternative. J’ai expliqué factuellement à l’ensemble des membres du comité qui s’est réuni hier, les modalités du plan que je proposais, et les avantages que j’y voyais. Pour faire court, on m’a indiqué la porte de sortie, et que dans cette situation de crise que nous traversons, il fallait être solidaires, et que mes propositions et mon esprit critiques n’étaient pas les bienvenus. Moi je pense que dans des situations de crise comme celle-là, où on a une privation importante des libertés : il faut au contraire que celui qui nous dirige soit le plus ouvert possible à la critique, aux propositions qui sont faites, et ne se bloque pas comme le président du Pays le fait. On le voit bien : il est incohérent sur de nombreux sujets. Tout le monde le constate. Et il fait – Je le pense, mais beaucoup le pensent aussi – de mauvais choix économiques. Et ces mauvais choix économiques vont être préjudiciables à toute la population.”

Edouard Fritch ne mâche pas plus ses mots: “Certains d’entre nous ont passé leur période de confinement dans leur bulle, à éplucher les budgets passés du Pays, pour y trouver un matelas financier, mais ils ont, à mon sens, de sérieuses lacunes en comptabilité publique (…) Le Pays n’a pas un compte d’épargne avec 30, 40, 50 milliards (…) Faire croire le contraire c’est au mieux, de l’incompétence, au pire, un mensonge démagogique”!

Nuihau Laurey de répondre : “Moi lorsque je m’exprime, je n’ai pas besoin de quelqu’un pour écrire mes discours et puis les lire sans oser regarder ceux à qui ils s’adressent. C’est bien dommage. Je ne souhaitais pas polémiquer. Mais je me devais de répondre à ces accusations et à ces critiques infondées qui me sont lancées. Toutefois, j’aimerais qu’on se recentre sur le sujet essentiel. Le gouvernement pense que les mesures proposées sont bonnes pour sortir de cette crise. Oui, à terme, nous sortirons de cette crise, mais je pense que d’autres mesures étaient plus adaptées aujourd’hui”.

“Je vois que ma proposition n’a pas suscité un débat mais de la haine”

Cet épisode marquera-t-il la fin de la carrière politique du sénateur? Il indique qu’il a bien l’intention de conserver ses mandats et de poursuivre son action : “J’ai envie d’être utile dans ce moment de crise. Je vois que ma proposition n’a pas suscité un débat mais de la haine, parfois. Donc, oui, c’est vrai que ça me montre encore plus clairement la nature humaine dans ce milieu de la politique, et je comprends pourquoi beaucoup de gens ont un avis aussi critique sur les élus. Je le comprends tout à fait.”

Ces “éclaircissements” se sont achevés par une sortie pour le moins surprenante, et inhabituelle d’Edouard Fritch : “Mesdames et messieurs les représentants, les quelques éclairages que je souhaitais apporter sur la situation financière liée à la crise du Covid, que nous essayons de gérer comme des hommes, comme de vrais hommes, avec des *** dans la culotte… parce-que la situation n’est pas facile… Effectivement, si l’on ne veut pas gérer comme il faut le Pays, mieux vaut s’en aller. Et si on n’en a pas, eh bien c’est catastrophique pour le Pays”.

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