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Jusqu’à 6 mois de prison avec sursis requis contre les caillasseurs des Hauts de Tira

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L'affaire des "caillasseurs de Hauts de Tira" était examinée ce mardi. À la barre, majoritairement des jeunes : 14 individus poursuivis pour "outrage envers une personne dépositaire de l'autorité publique", "dégradation de bien d'autrui, "rébellion" ou "menace de crime contre personne dépositaire de l'autorité publique". Certains sont des pères, d'autres déjà connus des forces de l'ordre, beaucoup sont sans emplois ou travaillent sous des contrats de service civique.

Publié le 29/03/2022 à 17:01 - Mise à jour le 30/03/2022 à 11:38
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L'affaire des "caillasseurs de Hauts de Tira" était examinée ce mardi. À la barre, majoritairement des jeunes : 14 individus poursuivis pour "outrage envers une personne dépositaire de l'autorité publique", "dégradation de bien d'autrui, "rébellion" ou "menace de crime contre personne dépositaire de l'autorité publique". Certains sont des pères, d'autres déjà connus des forces de l'ordre, beaucoup sont sans emplois ou travaillent sous des contrats de service civique.

Edit du 29 mars : Le délibéré a été rendu dans la soirée. 4 prévenus ont été relaxés par manque d’éléments à charge. Les autres ont été condamnés à des peines de travaux d’intérêt général allant de 78 à 156 heures et des peines de prison allant jusqu’à 6 mois avec sursis. Les peines sont assorties d’obligation de travail et de formation. Si les condamnés ne remplissent pas ces obligations, ils devront effectuer 2 mois de prison ferme. Toutes les personnes identifiées comme auteurs des dégradations sur les véhicules de police devront régler le montant des réparations évaluées à un peu plus de 300 000 Fcfp. Les condamnés identifiés comme auteurs des outrages, injures et menaces envers les policiers devront payer solidairement 700 000 Fcfp de dommage et intérêt, soit 100 000 Fcfp par agent présent le soir des faits.

Les faits remontent au 25 septembre 2021. Alors que les restrictions sanitaires imposent un couvre-feu et un confinement le week-end, 4 véhicules de police interviennent à la Mission, dans le lotissement “les Hauts de Tira”, où ils sont appelés aux alentours de 21h30 pour mettre fin à des tapages nocturnes. Une trentaine de personnes sont rassemblées dans le parking et des poubelles entreposées sur la chaussée obstruent le passage. Plusieurs individus circulent librement, visiblement alcoolisés et des bouteilles à la main.

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À la vue des policiers, les perturbateurs courent vers les immeubles. L’un d’eux, resté sur la chaussée, est interpelé par les policiers qui lui demandent de rentrer chez lui. “J’ai pas fini de boire ma bière” répond l’interpelé, alors que sa fille de 13 ans est présente à ses côtés. Selon les forces de l’ordre, l’individu refuse d’obtempérer et se met à insulter les mutoi lorsqu’ils essaient de le maitriser, avant d’appeler à l’aide. “Mutoi eure ma, on va vous taparahi”, “mutoi, dégagez”, “petea ma”, autant de réflexions qui fusent alors que d’autres individus accourent. L’interpellation “attire l’attention d’une foule agressive”, détaille le juge.

Blocs de parpaing, bouteilles en verre et divers objets pleuvent sur les brigadiers. Une foule se créée autour des véhicules de police. Cris, coups sur les fourgons, objets qui volent : les images vidéos diffusées lors du procès attestent de la violence de l’émeute. Constat : deux véhicules sont endommagés, mais aucun blessé.

“Le ton est monté” reconnaît le premier homme interpelé dans sa déposition. Mais il dément avoir insulté qui que ce soit. “Ils sont venus, ils étaient déjà agressifs”, explique-t-il face à la cour pour justifier son refus d’obtempérer. Après avoir été menacé par un taser tenu par un officier et frappé par l’arrière par un autre agent, selon les dires du prévenu, il explique que “comme ma fille pleurait, j’ai arrêté. J’ai dis “oti, c’est ma faute”. “Si la police était venue avec un ton plus facile… mais ils sont venus, ils ont agressé d’un coup […]. Je ne pensais pas que ça allait dégénérer”. Le second individu appelé à la barre maintient que les forces de l’ordre “n’étaient pas très agréables”. “Nous on a des policiers qui sont comme ça chez nous : quand ils font leur ronde, ils nous parlent gentiment”.

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Tour à tour, les prévenus appelés à la barre s’expliquent sur les faits, des insultes prononcées ou des coups lancés à l’encontre des policiers et de leurs véhicules. L’un d’eux est une femme, la seule. Le soir du 25 septembre, elle lance une pierre. “Tout le monde était excité, s’en prenait aux vehicules de police, j’ai suivi le mouvement”, admet-elle dans sa déposition. Un autre prévenu, poursuivi pour avoir proféré des menaces envers les policiers, explique être en formation pour devenir éducateur sportif pour enseigner le handball.

Interrogé par leur avocat, quatre des prévenus assurent que c’est la première fois qu’une intervention de police prend de telles proportions. À propos d’un des policiers, l’avocat interroge à l’attention de ses clients : “vous le connaissez ? Il a tendance a être violent ?”.

Ce même policier serait impliqué dans des faits de violence commis sur trois jeunes majeurs, dans la soirée du 22 au 23 juin. Dans le cadre de cette affaire, le mutoi a d’ailleurs été présenté au procureur le 10 mars dernier, sans pour autant être privé de ses fonctions, et sera jugé le 13 mai, comme l’ont annoncé nos confrères de Tahiti infos.

Du côté de la mairie de Papeete, on demande 647 000 Fcfp à répartir aux 14 prévenus pour assurer la réparation des véhicules endommagés.

Le Procureur de la République a requis entre 78 heures de travaux d’intérêt général et jusqu’à 6 mois de prison avec sursis. “Si vous recommencez, là c’est direct Nuutania“, a mis en garde le Procureur. 

Après les plaidoiries, la cour devrait rendre son verdict en début de soirée.

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