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Ils refusent de payer le loyer de leurs appartements qu’ils jugent délabrés

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Une mère de famille a arrêté de payer le loyer de son appartement depuis plusieurs années, car les propriétaires refuseraient de procéder à des travaux dans ce logement vétuste, voire même dangereux. Mais ce bras de fer pourrait la conduire à la rue. Et elle n'est pas la seule dans ce cas.

Publié le 26/03/2021 à 16:27 - Mise à jour le 26/03/2021 à 16:27
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Une mère de famille a arrêté de payer le loyer de son appartement depuis plusieurs années, car les propriétaires refuseraient de procéder à des travaux dans ce logement vétuste, voire même dangereux. Mais ce bras de fer pourrait la conduire à la rue. Et elle n'est pas la seule dans ce cas.

Depuis 2014, Hinano vit avec 4 membres de sa famille dans un studio d’un immeuble de Titioro. L’année suivante, un incendie se déclenche dans un garage situé au rez-de-chaussée. Le feu cause des dégâts dans plusieurs appartements déjà vétustes. La goutte de trop pour cette mère de famille qui cesse alors de payer le loyer mensuel de 55 000 Fcfp, tant que les propriétaires n’effectuent pas des travaux.

“J’ai juste demandé d’au moins venir faire réparer les prises, les interrupteurs, mon plafond qui s’est détaché, la salle de bains, liste Hinano. La propriétaire, à chaque fois qu’elle venait, elle ne voulait rien savoir. Tout ce qu’elle me demande, c’est que je lui donne le loyer. Alors je lui ai dit non, je ne vais pas tout te donner, tout est pourri ici. À la moindre étincelle, c’est tout le bâtiment qui va prendre feu.”

D’autres membres de sa famille vivent dans un appartement mitoyen. Eux aussi ont décidé de ne plus payer leurs loyers. Des arriérés qui se chiffrent au total, pour les deux foyers, à environ 3,5 millions.

Les propriétaires ont donc saisi le juge des référés et ont obtenu cette semaine la résiliation des baux de ces locataires qui pourraient prochainement se retrouver à la rue. Un jugement dont a immédiatement fait appel leur avocat. Lui estime que les propriétaires n’ont pas rempli leurs obligations en fournissant un logement insalubre à leurs locataires.

“Ils attendent que le propriétaire soit enjoint à faire les réparations minimum. Qu’ils ne risquent pas une électrocution en appuyant sur un bouton, en entrant dans la douche, explique Me Emmanuel Mitaranga, l’avocat de plusieurs locataires. Vous voyez des fils apparents, des fissures… ils estiment juste pouvoir vivre en sécurité avec leurs enfants.”

(crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Mais au-delà du cas de ses clients, Me Mitaranga souhaite attirer l’attention sur les propriétaires peu scrupuleux, ceux qu’on appelle en métropole des “marchands de sommeil”.

“On ne peut pas faire d’un mauvais logement un business, reprend l’avocat. Malheureusement, on est face à une pénurie de logements en Polynésie française, une pénurie de logements sociaux, et ça profite à certains propriétaires qui louent à bas prix mais, malgré tout, pour certaines familles dans la précarité, ce sont des prix élevés, les loyers. Ils n’osent pas partir parce qu’ils savent qu’ils se retrouveront à la rue. Ce qui est le cas de ces deux familles notamment qui aujourd’hui pourraient être à la rue dès demain.”

C’est désormais ce que craint Hinano qui s’attend à la venue des huissiers, voire des forces de l’ordre, à son domicile. Son avocat a néanmoins pris les devants en adressant un courrier au haut-commissaire afin qu’aucune expulsion ne soit ordonnée jusqu’au jugement en appel.

De son côté, l’avocat des propriétaires de l’immeuble, Me Arcus Usang, indique avoir “le sentiment que les locataires tentent des voies qui sont extérieures au droit en essayant de médiatiser cette affaire, de vilipender le propriétaire. Je réfute cette façon de faire. Je ne dis pas que les locataires sont en infraction totale, mais il y a un minimum, c’est de payer les loyers pour que le propriétaire puisse effectivement respecter ses engagements, faire les travaux. L’impression que j’ai, c’est que tous ces locataires se sont donnés le mot pour arrêter de payer, pour tenter d’habiter à moindre coût, sachant que les loyers sont très très bas.”

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