Un trentenaire schizophrène jugé aux Assises pour avoir tenté de tuer son père

Publié le

Un homme de 34 ans, souffrant d’une forme sévère de schizophrénie, comparait depuis ce lundi devant la cour d’assises de Papeete pour tentative de parricide. Le 8 mai 2021, à Papeari, il avait porté plusieurs coups de couteau à son père, qui a survécu à l’agression. La question de la responsabilité pénale de l’accusé, au regard de sa pathologie, est l’élément central du dossier.

Publié le 19/06/2023 à 18:39 - Mise à jour le 21/06/2023 à 10:33

Un homme de 34 ans, souffrant d’une forme sévère de schizophrénie, comparait depuis ce lundi devant la cour d’assises de Papeete pour tentative de parricide. Le 8 mai 2021, à Papeari, il avait porté plusieurs coups de couteau à son père, qui a survécu à l’agression. La question de la responsabilité pénale de l’accusé, au regard de sa pathologie, est l’élément central du dossier.

Était-il responsable de ses actes au moment des faits ? C’est la question à laquelle les jurés de la cour d’assises devront répondre avant de rendre leur verdict.

Le 8 mai 2021, dans le quartier familial, à Papeari, l’homme, diagnostiqué schizophrène 15 ans plus tôt, avait, sans raison, frappé au visage le petit ami de sa nièce, un jeune adolescent. Alerté de ces violences, son père s’était précipité en dehors du domicile et avait demandé à son épouse de contacter les gendarmes.

En entendant ces mots, l’accusé, lui avait lancé : « C’est ça un père ? Tu es un traitre ». Le trentenaire s’était ensuite rué dans la maison familiale pour se saisir d’un couteau de cuisine doté d’une lame de 18 centimètres, avant de lui porter plusieurs coups. Un témoin a déclaré l’avoir entendu crier : « Je vais te tuer ». Le père s’en était finalement tiré mais avec 5 plaies profondes sur les bras et le flanc, dont une qui aurait pu se révéler mortelle, selon les médecins.

Ce n’était pas la première fois que le trentenaire s’en prenait au chef de famille. En 2015, déjà, il avait blessé son père avec une arme blanche. Celui-ci l’avait réprimandé pour avoir troqué ses savates contre du cannabis. Il avait, à l’époque, écopé d’une peine de prison avec sursis.

« Qu’attendez-vous de la cour ? »

« Il était très intelligent à l’école jusqu’au jour où il s’est mis à fumer du paka (…) A fur et à mesure, on a vu qu’il avait des idées morbides (…) Je pense que la maladie s’est déclarée l’année où il a perdu sa grand-mère », a témoigné la victime. Le patriarche a reconnu qu’il lui était arrivé de corriger durement son fils, parfois à coups de ceinture, mais il a assuré à la barre ne plus avoir levé la main sur lui quand le diagnostic a été posé.

Le fils était-il conscient de ses agissements le jour des faits ? C’est l’épineuse question. Le juge d’instruction en charge de l’enquête avait estimé qu’il était irresponsable, et ne pouvait donc être jugé. Mais après étude des différentes expertises, la chambre de l’instruction avait, elle, considéré, que son trouble du discernement était altéré, et non aboli, au moment de l’agression. Elle a donc demandé son renvoi aux Assises.

« Qu’attendez-vous de la cour ? », a demandé la présidente à la victime qui a longtemps refusé de se constituer partie civile. « En tant que père, je souhaite l’irresponsabilité (…) Je suis quand même conscient qu’il a fait quelque chose de grave (…) Mais qu’il soit puni pour ça, c’est difficile, car il est malade. Est-ce qu’il va comprendre la punition ? (…) C’est difficile pour moi d’admettre que mon fils a voulu attenter à ma vie. Il est peut-être allé chercher le couteau pour équilibrer le rapport de force avec moi (…) Je pense qu’il ne voulait pas consciemment me tuer. C’est juste qu’il n’arrivait pas à se maîtriser ».

« Mon fils n’est pas un criminel »

« On a l’impression que vous ne voulez pas voir la dangerosité de votre fils. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il veut vous tuer », lui a fait justement remarquer un juge assesseur. « Je suis conscient de sa dangerosité. J’ai peur d’une récidive, il l’a fait quand même deux fois (…) Mon rêve, c’est qu’il puisse se stabiliser et revenir à la maison », a répondu le père.

Son épouse a aussi plaidé la cause de l’accusé : « Mon fils n’est pas un criminel. Il est simplement malade. Il a besoin de soins. Il était incontrôlable. Ce n’était pas lui, comme s’il était possédé (…) Ici, en Polynésie, il n’y a pas de structure pour ces personnes. Ce n’est pas de sa faute ».

Depuis son box, sous la surveillance permanente des gendarmes, le trentenaire a suivi tant bien que mal les débats, souvent tête baissée, et a peiné à répondre aux quelques questions qui lui ont été posées. Le procès, le dernier de cette session d’assises, s’achèvera ce mardi. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Dernières news