Teahupoo : les inondations dues à « un phénomène multifactoriel » et… à une rivière non curée

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Les brutales et soudaines inondations dont ont été victimes des dizaines de foyers de la commune de Teahupoo, lundi matin, sont le fruit d’un « phénomène multifactoriel » : d’intenses et courtes précipitions conjuguées à un lagon saturé à cause d’une très forte houle. A cela s’ajoute le fait que la rivière n’avait pas été curée, ce qui était pourtant prévu. Explications.

Publié le 03/05/2023 à 15:08 - Mise à jour le 05/05/2023 à 9:16

Les brutales et soudaines inondations dont ont été victimes des dizaines de foyers de la commune de Teahupoo, lundi matin, sont le fruit d’un « phénomène multifactoriel » : d’intenses et courtes précipitions conjuguées à un lagon saturé à cause d’une très forte houle. A cela s’ajoute le fait que la rivière n’avait pas été curée, ce qui était pourtant prévu. Explications.


Quelles sont les raisons qui ont conduit la paisible commune de Teahupoo à être le théâtre de scènes de chaos après une crue de la rivière Fauoro, lundi matin ?

Tout d’abord, la présence d’une « zone très instable localisée » sur la Presqu’îIe composée de « grosses cellules orageuses : des cumulonimbus », explique à TNTV, Frédéric Troc, le directeur adjoint de Météo France Polynésie. Des nuages « qui ont pour caractéristique d’apporter des pluies de forte intensité et sur un laps de temps très court ».

Entre 6 et 8 heures du matin, il est ainsi tombé 160 millimètres de pluie sur la zone, ce qui est « beaucoup ». « Hors phénomène orageux, on est plutôt à environ 15 millimètres par heure », précise Frédéric Troc.

Le débit de la rivière a par conséquent considérablement et soudainement augmenté donnant lieu à une « crue éclair ». Ce phénomène s’est en outre produit alors que Tahiti, comme une bonne part de la Polynésie, se trouvait au même moment en vigilance orange en raison de la très forte houle qui touchait les côtes.

« Cela n’a pas favorisé l’évacuation des pluies car on a d’un côté la rivière qui se déverse et, de l’autre, une mer qui va avoir tendance à contrecarrer cette évacuation. Cela fait donc deux facteurs aggravants », précise le directeur adjoint de Météo France.

Des riverains opposés au curage

Une autre donnée a probablement pesé dans la balance : le fait que des troncs et autres branchages obstruaient le cours d’eau, créant ainsi des « embâcles », des barrages naturels.

La rivière n’avait en effet pas été curée depuis l’an dernier alors que cette opération était pourtant programmée par les autorités, comme avant chaque saison des pluies.

L’eau a endommagé une soixantaine d’habitations. (Crédit TNTV)

« Nous devions le faire mais des riverains avaient stoppé les engins à l’époque », explique Mano Tirao, le directeur adjoint technique de la direction de l’Equipement qui déplore « l’amalgame qui est souvent fait », par des habitants, « entre curages nécessaires et extraction de matériaux ». « Nous avons réalisé les curages sur les autres cours d’eau et il n’y a pas eu de débordement », constate-il.

Les travaux d’aménagement de la zone, en vue de la tenue de l’épreuve de surf des J.O. 2024, n’ont donc, selon lui, pas de lien avec les inondations de lundi. « Il y a trois pieux et ce ne sont pas eux qui ont généré le débordement. Ils ont peut-être eu un impact, mais mineur ».

« Ça peut faire très mal »

« Une houle forte avec submersion plus un orage de forte intensité, cela peut provoquer ce genre de phénomène très rapide et ça peut faire très mal », souligne de son côté Lydie Sichoix, maître de conférence en hydrologie à l’Université de Polynésie.

A Teahupoo, « on a un petit bassin versant qui réagit très rapidement, quand il pleut beaucoup. Le temp de montée est très rapide pour atteindre le débit maximum. L’île de Tahiti, dans son ensemble, est sujette à ce genre de phénomène », ajoute la chercheuse.

Des aléas climatiques qui sont en outre « très difficile à prédire ». « On peut avoir des modèles, faire des évaluations de débits, mais on ne peut pas dire que tel jour, avec telles prévisions météorologiques, on aura ce type de phénomène ».

L’universitaire dit également être « limitée par le manque de données et de surveillance des bassins versants » : « Une douzaine de cours d’eau sont surveillés en permanence. C’est déjà pas mal mais ce n’est peut-être pas suffisant ».

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