Ra’au Tahiti pour les enfants : une enquête de l’IRD pour préserver le savoir traditionnel

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Une enquête sur les plantes médicinales utilisées dans le Pacifique Sud pour soigner les enfants est actuellement en cours. Cette étude s'intéresse aux pratiques en Nouvelle-Calédonie, au Vanuatu et en Polynésie. Pour réaliser cette enquête, des chercheurs de l'IRD (institut de rececherche et de développement) vont en ce moment à la rencontre de la population. François Chassagne est ethnopharmacologue, fait partie de l'équipe de recherche.

Publié le 28/02/2023 à 12:38 - Mise à jour le 01/03/2023 à 9:35

Une enquête sur les plantes médicinales utilisées dans le Pacifique Sud pour soigner les enfants est actuellement en cours. Cette étude s'intéresse aux pratiques en Nouvelle-Calédonie, au Vanuatu et en Polynésie. Pour réaliser cette enquête, des chercheurs de l'IRD (institut de rececherche et de développement) vont en ce moment à la rencontre de la population. François Chassagne est ethnopharmacologue, fait partie de l'équipe de recherche.

Vous êtes chargé de recherche à l’IRD, vous êtes passionné de botanique et vous avez d’ailleurs reçu le prix Jeune chercheur en 2020 pour vos travaux sur la biodiversité. Pour que l’on comprenne mieux, qu’est-ce que, exactement, l’ethnopharmacologie, votre spécialité ?
« L’ethnopharmacologie pour faire simple, c’est la validation scientifique des remèdes traditionnels. En d’autres termes, on essaie de savoir si c’est efficace, si ça marche et comment ça marche et si ça peut également produire des effets indésirables, des toxicités. C’est vraiment cette démarche là dans laquelle on est, et je dirais même qu’on essaie d’un point de vue réducteur, de donner un peu la notice d’emploi des remèdes traditionnels. »

Vous vous concentrez donc sur les remèdes traditionnels existants dans le Pacifique Sud. il était naturel pour vous de vous rendre ici en Polynésie française ?
« Oui, c’est un territoire très riche en terme de biodiversité, avec une faune et une flore très riches, différentes îles, et c’est également un territoire qui est très étendu d’un point de vue géographique, avec des cultures et traditions très variées. Et d’un point de vue médecine traditionnelle, c’était finalement assez peu étudié. Il y a ce livre de Paul Pétard (Plantes utiles de Polynésie et rā’au tahiti aux éditions Haere Po, NDLR) que tout le monde connait, mais qui commence quand même à dater un petit peu et donc on ne sait pas vraiment ce que font les gens actuellement ».

Et donc vous l’idée c’est de mener une enquête sur les bénéfices et sur les risques aussi on imagine ?
« Tout à fait. C’est documenté tout d’abord, puisque documenter c’est également préserver. Ce sont des traditions qui sont orales et donc l’écrire, ça permet quelque part de préserver ce savoir, de le pérenniser. Et l’autre facette également, c’est d’évaluer cette balance bénéfices risques, donc savoir si les remèdes qui sont utilisés, les plantes utilisées, sont vraiment efficaces et voir si elles peuvent éventuellement induire des toxicités. »

Pourquoi avoir choisi de cibler spécifiquement les enfants dans cette étude ?
« Les enfants, c’est une population qui est plus fragile que les adultes, c’est la première chose. La deuxième chose c’est qu’il y a quand même un grand volet de la médecine traditionnelle polynésienne qui focalise sur le traitement des enfants. »

Quelle est votre méthodologie ? Comment est-ce que vous vous y prenez ?
« On fait des enquêtes ethnobotaniques (…) On a un questionnaire, on a une méthode bien particulière. On intérroge les gens, on a un questionnaire qui est développé, et en plus de ça on collecte les plantes, on ramasse les échantillons d’herbiers qu’on dépose ensuite au Musée de Tahiti et des îles pour documenter ces plantes qui sont utilisées (…)« 

Et vous travaillez notamment avec une jeune chercheuse de l’université, une Polynésienne ?
« Tout à fait. Il y a une étudiante actuellement en Master II recherche à l’Université de Polynésie française, qui est sur le terrain, qui est à Makemo (…) et je vais la rejoindre dans deux semaines pour continuer les enquêtes dans les îles. »

Le but de ces enquêtes c’est quoi à terme ?
« Préserver le savoir, essayer de constituer cette pharmacopée polynésienne et ce qu’on veut, c’est essayer de rendre à la population ce savoir là et donc on essaiera de faire un petit livret qui reprendra les résultats de ces recherches. (…) Amorcer une certaine intégration de ces remèdes pourquoi pas, dans le système de santé officiel. »

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