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Les miels polynésiens sous l’œil des spécialistes

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Quelles fleurs sont butinées par les abeilles polynésiennes ? C’est l’objet de l’étude pilotée par la direction de l'Agriculture (DAG) et rendue publique lors d’un colloque au Lycée hôtelier ce vendredi 20 mai. Cette "caractérisation des miels" permet d’identifier la composante pollen. Mieux informé sur son produit, l’apiculteur pourra revaloriser son étiquetage et se différencier sur un marché en pleine expansion.

Publié le 20/05/2022 à 16:37 - Mise à jour le 24/05/2022 à 10:05
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Quelles fleurs sont butinées par les abeilles polynésiennes ? C’est l’objet de l’étude pilotée par la direction de l'Agriculture (DAG) et rendue publique lors d’un colloque au Lycée hôtelier ce vendredi 20 mai. Cette "caractérisation des miels" permet d’identifier la composante pollen. Mieux informé sur son produit, l’apiculteur pourra revaloriser son étiquetage et se différencier sur un marché en pleine expansion.


Pour identifier les pollens des miels polynésiens, des échantillons ont été fournis par une partie des 400 apiculteurs du fenua. C’est le cas de Louise Frogier, double vainqueure du concours du meilleur miel. En six ans de carrière apicole, elle a développé neuf ruchers à travers l’île : “Je participe à cette étude pour redorer l’étiquette du miel : ne pas seulement prendre ce produit pour un liquide visqueux sucré, mais bien pour un produit de luxe. À Tahiti, on a de la chance d’avoir un miel de qualité. Mais il faut le prouver, d’où ma participation à cette caractérisation.”

(Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

Dans son jardin de Paea, les plantes sont agencées pour procurer un bol alimentaire complet à ses abeilles. “J’ai gagné les médailles d’or avec un miel très parfumé. Il a beaucoup de saveur grâce aux nombreux arbres fruitiers.” Tous ces nectars vont donner une saveur particulière à son miel qui va se démarquer.

Louise produit aussi du miel sur la côte est. L’environnement plus sauvage donne un autre goût au produit. Pour conserver ces signatures, elle ne mélange jamais mes sites. Faire des extractions différentes pour chacun d’eux induit du travail et de la logistique. En contrepartie, elles proposent aux clients des miels variés et de qualité.

La caractérisation comme outil de travail

L’étude a été faite en trois volets. En plus de l’analyse pollinique, l’aspect sensoriel (saveur, odeur, texture, couleur) a été étudié par les scientifiques tout comme la dimension physico-chimique qui cible des indices de qualité comme le taux d’humidité.  

Cette étude menée sur la totalité des archipels est venue compléter des premières analyses datant de 2016. Enrichie de nouveaux échantillons, la palynothèque témoigne de la diversité des miels polynésiens, mais aussi de la diversité végétale de l’île. Cette banque de référence des pollens est un véritable outil de travail pour les apiculteurs. Au total, une soixantaine de pollens ont été identifiés grâce à l’étude.

Kathleen Grignet, ingénieure référente apiculteur de la direction de l’Agriculture de Polynésie française, explique que l’étude aidera les artisans à mieux gérer leurs ruchers et leurs récoltes. “On a surtout des miels multi floraux en Polynésie. Mais en déterminant les assemblages de flores qu’on retrouve, l’apiculteur peut associer ça à des paysages : miel de forêt, de littoral, de cocoterais…”

Pour Louise, l’association sera encore plus précise. Dans un de ses miels, une famille de pollens est présente à 89%. De quoi avancer un véritable argument de vente, celui d’un miel mono floral.

La caractérisation comme outils de prévention

L’abeille en tant qu’insecte opportuniste se nourrie de plantes indigènes et de plantes envahissantes comme le falcata. Ces mauvaises herbes “dominent le paysage” selon Jean-François Butaud, botaniste et consultant en foresterie et botanique polynésienne. Il estime que si le falcata est classé comme menaçant la biodiversité dans le code de l’environnement, il permet aussi aux abeilles de passer la mauvaise saison. Son rôle et sa prolifération sont donc à prendre en compte. En tant que pollinisateur, le comportement de l’abeille est un bon indicateur pour suivre le développement de ces plantes envahissantes.

En parallèle, la caractérisation représente les prémices de l’obtention d’un label ou d’une appellation d’origine contrôlée. En Polynésie, la filière apicole s’est beaucoup développée ces 10 dernières années. Selon Kathleen Grignet, un équilibre entre la consommation et la production s’est établi. La commercialisation locale risque bientôt de devenir très concurrentielle voire de saturer. Dans la perspective d’un export à l’international, l’étude serait alors une aide précieuse pour les apiculteurs.

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