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L’énergie de la houle bientôt exploitée avec le TWEC

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Exploiter l’énergie des vagues pour produire de l’électricité, et produire donc une énergie naturelle et plus propre : c’est ce qui est étudié depuis plusieurs mois à l’université de la Polynésie française. Après le SWAC du CHPF, le TWEC (Tahiti Wave Energy Challenge), pourrait être déployé d'ici quelques années au fenua.

Publié le 10/11/2022 à 11:35 - Mise à jour le 10/11/2022 à 11:47
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Exploiter l’énergie des vagues pour produire de l’électricité, et produire donc une énergie naturelle et plus propre : c’est ce qui est étudié depuis plusieurs mois à l’université de la Polynésie française. Après le SWAC du CHPF, le TWEC (Tahiti Wave Energy Challenge), pourrait être déployé d'ici quelques années au fenua.


L’université de la Polynésie française (UPF) effectue des travaux de recherches sur les énergies renouvelables afin de trouver des solutions qui permettraient de décarboner la production d’électricité en Polynésie. Elle avait déjà étudié précédemment le SWAC (Sea Water Air Conditioning) pour sa mise en place au CHPF, et elle s’intéresse depuis plusieurs mois au TWEC : le Tahiti Wave Energy Challenge, c’est-à-dire à l’énergie produite par les vagues et pouvant être convertie en électricité. Un projet soutenu par le Pays.

“La carbonation de l’électricité en Polynésie est un vrai problème puisqu’on importe l’énergie fossile et notre dépendance énergétique est liée à 94% à l’énergie fossile, donc on cherche des solutions alternatives. Et il se trouve qu’en Polynésie, on est entouré d’océan, donc une partie des solutions pourrait se situer dans l’océan. On a commencé à réfléchir sur la captation de l’énergie sur l’océan, celle due notamment à la houle” indique Franck Lucas, enseignant chercheur à l’UPF. “Une chose est sure, c’est qu’en Polynésie, on est un peu les experts dans l’exploitation de certaines énergies marines, notamment les énergies marines thermiques avec le SWAC” rappelle-t-il.

Le TWEC est un projet novateur qui ambitonne d’être prochainement intégré dans le mixte énergétique de la Polynésie. La technolologie houlomotrice existe depuis plus d’un siècle, et est utilisée depuis des dizaines d’années dans de nombreux pays. Ses preuves ne sont aujourd’hui plus à démontrer. Aussi, aucune problématique liée à la perturbation des écosystèmes n’a été relevée.

Les machines (houlomoteurs) ont déjà toutes été testés en mer sur de longues périodes, les technologies fonctionnent, il reste juste à voir comment elles s’adaptent ici, et étudier leur applicabilité au fenua : Les technologies permettant de capter l’énergie de la houle sont arrivées à un niveau de maturité très avancé. On peut envisager maintenant de les déployer en mer. (…) Plusieurs technologies permettent de convertir l’énergie de la houle : des technologies articulées, oscillantes…”. Une dizaine de constructeurs seraient motivés pour amener leurs machines au fenua. Reste à déterminer les machines les plus performantes, et les plus adaptées à la Polynésie.

Des machines déployées au large, ne gênant ni les surfeurs ni les pêcheurs

La technologie houlomotrice consiste à convertir l’énergie de la houle en un mouvement de rotation qui entrainera un alternateur afin de produire de l’électricité, comme plein d’autres dispositifs qui sont normalement entrainés par des énergies fossiles avec des moteurs. Là, on utilisera donc une énergie naturelle, celle de la houle. Cette énergie renouvelable qui se veut propre ne devrait pas générer de pollution visuelle ni gêner les activités sportives nautiques et économiques (surf, pêche…). Les technologies houlomotrices vont être déployées au large, très loin du récif, dans des endroits qui ne vont générer aucune gêne pour les usagers. Il va y avoir tout un travail en amont avec les populations pour vérifier que l’implantation ne dérange personne. C’est un service qu’on veut rendre et non pas une gêne qu’on veut créer. Elles seront loin de la côte et dans des endroits qui ne seront pas exploités par des activités sportives ou des activités économiques telles que la pêche” rassure Franck Lucas.

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Pour le moment, aucun site d’implantation n’a encore été défini, mais le potentiel sur toute la Polynésie est plutôt bon : “Certains endroits sont plus favorables pour le déploiement des technologies houlomotrices. Après, il faudra trouver le bon emplacement, en fonction des besoins énergétiques, des disponibilités et de la nature des fonds. Pour l’instant, le site n’est pas encore défini. Des études de potentiels, de nature du fond et de bathymétrie pour connaitre la profondeur accessible pour les ancrages sont en cours”. La technologie houlomotrice vise également un déploiement dans les îles, notamment aux Australes ou aux Tuamotu.

“Ces technologies ont un sens aujourd’hui, comme toutes les énergies renouvelables, parce que le prix des hydrocarbures monte, donc elles deviennent rentables”

Vetea Vitrac, directeur général adjoint à la TEP

Faire venir un houlomoteur en Polynésie et l’installer, cela représente néanmoins un coût non négligeable, mais “l’objectif, c’est de produire de l’électricité à un coût intéressant qui soit aussi intéressant que les énergies renouvelables actuelles, et que l’on ne dépasse pas le coût de l’énergie fossile” explique le chercheur.

“Ces technologies ont un sens aujourd’hui, comme toutes les énergies renouvelables, parce que le prix des hydrocarbures monte, donc elles deviennent rentables. Si elles n’ont pas été développées plus dans le passé, c’est parce qu’elles n’étaient pas rentables, alors qu’elles le sont aujourd’hui” indique Vetea Vitrac, directeur général adjoint, en charge de la technique à la Société de Transports d’Energie électrique en Polynésie (TEP).

La TEP s’est associée au TWEC pour le raccordement de cette future nouvelle énergie renouvelable sur le réseau : “Le projet houlomoteur va produire de l’électricité, et cette électricité, il va falloir la distribuer aux clients. Notre rôle, c’est de recevoir cette électricité, de faire en sorte qu’elle ne perturbe pas le réseau, et qu’elle soit ensuite acheminée vers les clients”. Et d’ajouter : “Une telle énergie de la houle est très constante, et elle est très prévisible. Et ça, pour nous, gestionnaire de réseau, c’est extrêmement intéressant. Le solaire est beaucoup plus variable, donc il va nécessiter des stockages pour compenser les variations rapides du soleil”.

Prochaine étape : présenter un premier essai de cette technologie houlomotrice en Polynésie lors des Jeux Olympiques 2024, à Teahupoo (pour les épreuves de surf).