dimanche 24 octobre 2021
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Gestion de la crise sanitaire et conséquences de la covid animent les débats, à Tarahoi

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Jeudi matin, à Tarahoi, élus et exécutif sont enfin rentrés dans le vif du sujet de la session budgétaire. Au cœur de cette deuxième séance : l’examen du 4ème collectif budgétaire. L’occasion de faire le point sur l’état des finances du Pays, et sur les réformes en cours. Si l’opposition n’a pas manqué de faire entendre ses divergences, ce collectif a finalement été voté à l’unanimité.

Publié le 08/10/2021 à 15:40 - Mise à jour le 08/10/2021 à 15:42
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Jeudi matin, à Tarahoi, élus et exécutif sont enfin rentrés dans le vif du sujet de la session budgétaire. Au cœur de cette deuxième séance : l’examen du 4ème collectif budgétaire. L’occasion de faire le point sur l’état des finances du Pays, et sur les réformes en cours. Si l’opposition n’a pas manqué de faire entendre ses divergences, ce collectif a finalement été voté à l’unanimité.

C’est un nouveau collectif budgétaire qui a été présenté aux représentants, jeudi matin. Le 4ème, depuis l’annonce du budget primitif, dans un contexte de situation sanitaire instable.

Ce collectif budgétaire a vocation à financer les besoins en matière de santé, et à soutenir Air Tahiti Nui. Un soutien apporté également à la protection sociale généralisée. Il est enfin question d’amorcer un plan de relance.

Le gouvernement l’annonce : un second prêt garanti par l’Etat est octroyé par l’AFD. Un prêt de 36 milliards de Fcfp. Nuihau Laurey, représentant non-inscrit, avait pourtant suggéré de contracter un prêt plus important, dès le départ, mais le gouvernement a préféré s’adapter à l’évolution de la situation.

“Avec le deuxième prêt, nous sommes sur un total d’environ 60 milliards de Fcfp d’emprunts. Mieux vaut tard que jamais”, lance Nuihau Laurey. “Car l’an dernier au mois de mars/avril, nous avions évoqué la nécessité d’emprunter. C’est une nécessité pour garantir des opérations comme les soutiens à ATN et à l’hôpital. On se dit seulement que beaucoup de temps a été perdu”, déplore l’ancien ministre de l’Economie.

Nuihau Laurey, représentant non inscrit à l’Assemblée de la Polynésie française

La gestion de la crise a occupé une partie des débats. Et pour le représentant Geffry Salmon, au nom du groupe Tahoera’a Huira’atira : l’ambivalence du président de l’Assemblée de la Polynésie sur la question vaccinale est problématique.

“Sur la forme : il n’était nul besoin à l’homme politique de premier plan, a contrario de l’homme tout court, de présider au vote d’une loi dont il allait publiquement édulcorer la pertinence quelques jours plus tard. Sur le fond : ici s’affrontent, à mon humble avis, non pas immunité vaccinale et naturelle mais responsabilité politique et liberté individuelle. L’une a pour charge publique de freiner autant que faire se peut la transmission du virus, de limiter la submersion des capacités hospitalières et de mettre à l’abri le plus de vies possible. L’autre, revendique au droit de disposer de sa vie et de sa santé. Monsieur Tong Sang a raison d’avancer l’existence d’immunité naturelle relativement robuste et durable, mais ne peut ignorer que l’immunité naturelle ne peut être identifiée qu’une fois la personne infectée. Une politique générale de santé peut-elle se rendre coupable d’une possible mise en danger de la vie d’autrui sachant que par ailleurs, la protection conférée par l’immunité naturelle est variable selon les personnes infectées en terme d’intensité de réponse et de durée de protection acquise? Alors que les effets des vaccins, bien qu’imparfaits, sont, en le cas d’espèce, constants. Le président de l’Assemblée en revanche a tort de sacrifier les charges et devoirs que lui commandent sa fonction au seul bénéfice de ses choix personnels. Il vient de s’en apercevoir en proposant en lieu et place de ce charivari, que soient privilégiées les possibles complémentarités entre immunités, dont certaines des modalités sont déjà, par ailleurs, effectives”.

Tony Géros, président du groupe Tavini à l’Assemblée de la Polynésie française

Je soutiens le collectif budgétaire tout comme je conteste la gestion de la crise.”

Tony Geros, président du groupe Tavini Huira’atira à l’Assemblée de la Polynésie

Le représentant Tony Géros a évoqué la mise en examen d’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé du gouvernement central, pour mise en danger de la vie d’autrui. Une première judiciaire suite à la gestion de crise de l’épidémie.

“Nous ne cautionnons pas la manière dont le gouvernement local a géré cette crise”, explique le président du groupe Tavini Huira’atira à l’Assemblée. “Nous avons été interpelés lorsque l’ancienne ministre Agnès Buzyn a été mise en examen. Et nous nous sommes aperçus qu’en fait, il y avait un certain nombre de médications qui pouvaient être utilisées, en Polynésie, contre la covid. Au plus fort de l’épidémie, nous nous sommes insurgés du fait que l’on continue à distribuer du doliprane et des petites bricoles de rien du tout, parce-qu’on avait l’impression que même les médecins étaient dépourvus de connaissances en ce domaine. C’est là que le gouvernement doit intervenir pour dire : comme on fait venir le Pfizer, comme on fait venir le Janssen : on va utiliser tous les produits qui ont été autorisés et qui servent à médicamenter les malades contre la covid, en Polynésie. Ça n’a pas été le cas. Je ne vais pas intenter d’actions, mais ils ont bien compris que la porte du possible était ouverte. Aujourd’hui, il y a déjà plusieurs collectifs qui se formalisent autour de l’obligation vaccinale. Et je pense aux familles qui ont subi des décès dans leur foyer. Elles : je ne sais pas si elles vont se lever… C’est un peu sur ces points que j’ai interpellé le gouvernement en leur disant : faites attention sur la gestion de la crise. On n’a pas été bons et nous, nous ne cautionnons pas”.

Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir la sénatrice Lana Tetuanui.

Lana Tetuanui sénatrice et représentante Tapura Huira’atira à l’Assemblée

“Ce qu’a déclaré notre collègue de Paea ne m’a pas laissé sans voix”, s’insurge la sénatrice. C’est tout comme une menace qu’il a proféré contre le président du Pays, le ministre de la Santé, et ceux qui ont pris des décisions sur la crise que nous venons de subir. Mais c’est grave! C’est pour cela que j’ai pris la parole ! Cette crise a fait beaucoup de dégâts et cela, je le reconnais en toute humilité. C’est d’ailleurs reconnu qu’au niveau national, la Polynésie a battu le record en terme de décès. Je veux néanmoins remercier ceux qui ont bien voulu suivre les directives prises par les autorités pour limiter la violence de cette crise”.

Lire aussi – Ferme aquacole de Hao : entre risques environnementaux flous et investissements à perte

Dernier dossier passé en revue lors de cette séance : le rapport de la chambre territoriale des comptes sur le projet de ferme aquacole à Hao. Malgré les réticences exprimées par le président de la République, Emmanuel Macron, lors de sa visite au fenua fin juillet : le Pays persiste et signe. Le non inscrit Nuihau Laurey n’est pas du même avis.

“Le rapport de la CTC montre un échec incroyable de ce projet, avec plusieurs centaines de millions dépensés, aucune production opérationnelle, et surtout un échec de toute la stratégie en matière de développement de nos ressources marines. Quand on regarde les projets qui ont fait avancer ce sujet en Polynésie, ce sont généralement des sujets qui ont été portés par des porteurs de projets locaux, à taille humaine, avec des gens qui connaissent bien l’environnement local. On se dit qu’au lieu de dérouler en permanence le tapis rouge fiscal pour des investisseurs étrangers qui finalement ne terminent pas leurs projets : est-ce qu’il ne faudrait pas mieux soutenir toutes les bonnes volontés locales et tous les projets à taille humaines proposés dans ce pays ?”

L’ancien ministre ajoute : “J’ai entendu l’intervention du Président de la République qui a dit ce qu’il pensait de ce projet. Nous constatons que ce n’est pas la première fois que le Pays privilégie des projets faramineux. Ca coûte de l’argent, alors qu’il y a beaucoup d’investisseurs locaux. Je pense par exemple à la crevette, il y a de nombreuses initiatives à la Presqu’île ou à Tahaa, et qui fonctionnent. Ce sont des projets pour lesquels les investisseurs locaux ont besoin de soutien, et je pense que ces soutiens seraient mieux adaptés pour ces projets à taille humaine que pour des grands projets qui ne voient pas le jour”.

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