vendredi 30 septembre 2022
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Christophe Plée : “Si on ne sauve pas la CPS, tout le monde est dans la rue”

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Pour le président de la confédération des petites et moyennes entreprises, la résolution de la crise économique ne peut pas occulter le sauvetage de la caisse de protection sociale. Entre un code du travail entravant pour les jeunes entreprises et une inflation mondiale qui grimpe, les solutions ne sont pas aisées mais existent, selon Christophe Plée.

Publié le 22/08/2022 à 10:51 - Mise à jour le 22/08/2022 à 13:37
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Pour le président de la confédération des petites et moyennes entreprises, la résolution de la crise économique ne peut pas occulter le sauvetage de la caisse de protection sociale. Entre un code du travail entravant pour les jeunes entreprises et une inflation mondiale qui grimpe, les solutions ne sont pas aisées mais existent, selon Christophe Plée.

TNTV : L’indice des prix à la consommation a augmenté de près de 7% en 1 an, entre juillet 2021 et juillet 2022. Mécaniquement, les entreprises subissent cette hausse généralisée des prix. Quelles sont vos pistes d’action pour les soulager ?

Christophe Plée, président de la CPME : Il faut attendre d’une part que les produits, les matières premières qui viennent de l’extérieur baissent, essayer de faire en sorte de faire savoir à l’Etat que les tarifs de transport sont trop importants pour nous. Les entreprises prennent de plein fouet ces augmentations, et forcément sont obligées de les répercuter.

Vous espérez des « vraies mesures d’accompagnement et d’aides du gouvernement » pour reprendre vos termes. Lesquelles, par exemple ?

Il faut qu’on regarde tout ce qui a un impact sur nos salariés, qui ont un pouvoir d’achat qui baisse même s’il y a des revalorisations du smic. Il va falloir penser à aider quelques entreprises qui elles sont à la peine par rapport à cette inflation.

Lire aussi : Inflation : l’indice des prix à la consommation augmente de 1.6% en juillet

Il y a les facteurs externes, mais aussi internes. À titre d’exemple, la CPS, la contribution pour la solidarité applicable depuis avril. Près de 4 mois après, est ce que les engagements pris autour de l’instauration de cette taxe ont été respectées selon vous ?

Le problème qu’il faut comprendre, c’est qu’en Polynésie c’est d’abord l’inflation externe, qui est forte partout dans le monde. En plus de ça, on a le deuxième challenge de sauver la CPS. Il ne faut pas que les polynésiens l’oublient, et ils ne l’oublient pas parce qu’ils payent. Tout ça est dû à des réformes qui n’ont pas été faites sur les vingt dernières années. Il y a le courage politique d’avoir initié cette réforme sur laquelle les entrepreneurs sont d’accord. De toute façon, si on ne sauve pas la CPS, il n’y a plus de maladie, de retraite, tout le monde est dans la rue. On ne s’en sort pas si mal que ça, si on prend en compte qu’il y a l’inflation extérieure plus cette CPS que l’on s’est mis nous même pour sauver notre caisse. On prend l’exemple des calédoniens qui ont beaucoup moins d’inflation, mais ils n’ont pas réglé leur problème de caisse de prévoyance.  Nous on est en passe de le régler. Tout le monde paye pour sauver cette caisse. Alors effectivement, cette contribution a été mise en place. Le ministre de l’Économie s’est engagé à nous faire savoir combien elle va générer pour la caisse. Je suis sûr que dans les prochaines semaines, il va nous réunir pour nous dire combien ça a rapporté, de combien on peut combler le trou, est-ce que c’est suffisant pour que notre caisse de prévoyance soit sauvée.

Il y a un autre point de la réforme de la PSG qui fait débat, c’est la composition de la gouvernance, ou plutôt des comités stratégiques.

Les comités stratégiques doivent préparer les dossiers et les projets pour le conseil d’administration. On a l’impression qu’on parle de quelque chose d’assez gros, d’assez lourd, et on a du mal à comprendre la composition des personnes qui sont dans ces comités stratégiques, avec leur expertise qui est limitée.

“Il y a beaucoup d’abus dans les arrêts de travail”

Christophe Plée

Lors de votre assemblée générale, il était aussi question du code du travail. Vous le jugez inadapté et en partie fautif du délaissement du salariat. Comment rendre plus attractif l’emploi salarial aujourd’hui ?

Maintenant, les jeunes entreprises trouvent que le code du travail est trop lourd. Il y a beaucoup d’articles, ils ne connaissent pas un dixième de ce code. Ils ont du mal à s’engager sur l’emploi d’un salarié. On voit fleurir depuis quelques années les auto-entrepreneurs. On a l’expression : « maintenant, je vais embaucher un patente ». Comment faire pour leur dire : prenez des salariés ? Il faut simplifier les choses, qu’ils n’aient pas l’impression que c’est une charge, que ça coûte cher, que je vais avoir des ennuis, me faire condamner…C’est l’éternel problème. Il va falloir se mettre autour de la table, mais en même temps on attend toujours un allègement du code du travail qui se fait attendre. Ça nous avait été annoncé. En tout cas, si on ne l’allège pas, il ne faut pas l’alourdir. Le problème c’est qu’on est toujours en train de rajouter des pages avec le fameux copier-coller des textes métropolitains, mais il faut se servir plus du statut d’autonomie, comme par exemple sur le texte du télétravail.

Quels vont être les dossiers prioritaires de la CPME sur les prochains mois ?

C’est clairement la réforme de la PSG. Ce n’est pas parce qu’on a tous contribué pour sauver notre protection sociale qu’il va falloir mettre de l’argent dans la caisse et ne pas surveiller ce qui se fait. Il y a beaucoup d’abus dans les arrêts de travail, ou de gens qui ne font pas beaucoup d’économies.

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Le directeur de la CPS estime à 6000 arrêts de travail mensuels, il y aurait plus d’arrêts selon vous ?

Bien sûr que oui, puisque le directeur de la caisse compte les arrêts à partir de 4 jours, à partir du moment où la caisse paye. Mais les arrêts de 3 jours, c’est l’entreprise qui les paye, et on ne les compte pas. Ça fait partie de demandes que la CPME va faire, on veut qu’on compte les arrêts de 3 jours, qui sont les plus ombreux. 6000 ce n’est vraiment rien : si on rajoute les arrêts de 3 jours dont personne ne connait le nombre en Polynésie, je pense qu’on est à un chiffre largement supérieur, et surtout c’est un coût pour les entreprises. Quelques fois, quand un salarié est absent, il faut le remplacer par un autre salarié, ça génère des dépenses. Ce n’est pas que le remboursement du salaire du salarié. La CPS n’est plus un puis sans fond, il faut que tous les polynésiens se sentent concernés. Le nouveau conseil d’administration est porteur d’espoir, cette réforme est courageuse. On n’a plus le choix, il faut y aller.

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