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Ronny Teriipaia, premier agrégé en reo tahiti

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Des trois candidats ayant passé les épreuves d'admission, c'est finalement Ronny Teriipaia qui a été retenu. Il est, à ce jour, le tout premier agrégé en "Langues de France option Tahitien".

Publié le 07/05/2021 à 15:34 - Mise à jour le 07/05/2021 à 17:11
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Des trois candidats ayant passé les épreuves d'admission, c'est finalement Ronny Teriipaia qui a été retenu. Il est, à ce jour, le tout premier agrégé en "Langues de France option Tahitien".

Pour la première fois, une agrégation “Langues de France option Tahitien” a été proposée aux enseignants titulaires d’un master ou du Capes. “Ça fait longtemps qu’on attendait ça. C’est un fort pouvoir symbolique celui de l’agrégation, souligne Gaëtan Le Lu, inspecteur de l’éducation nationale. (…) On sait que l’agrégation est quelque chose de prestigieux qui peut susciter des vocations. (…) Il y a fatalement un effet d’émulation. Il y a des professeurs qui en rêvaient, qui la voulaient déjà et qui attendront le prochain rendez-vous pour pouvoir candidater (…) Je pense que ça va susciter des vocations et surtout, moi ce qui m’intéresse en tant qu’inspecteur, c’est la montée en compétence de toutes ces personnes et la prise de confiance”.

Le reo Tahiti fait partie des quelques 70 langues régionales reconnues en France hexagonale et en Outre-mer. Elle est aussi une des rares langues, parmi le breton, le corse ou le créole, à faire l’objet d’une épreuve du bac.

Un seul poste d’agrégation en reo Tahiti était disponible. Au total, neuf candidats ont passé les épreuves d’admissibilité, mais seulement trois d’entre eux ont été retenus pour le grand oral qui s’est déroulé du 28 au 30 avril.

Et les résultats sont finalement tombés jeudi : Ronny Teriipaia, le seul homme à avoir passé l’oral, est le tout premier agrégé de reo Tahiti. “Je suis enseignant depuis plus d’une vingtaine d’années. J’ai commencé ma carrière dans l’enseignement primaire. J’ai enseigné essentiellement en maternelle. Ça ne fait pas longtemps que je suis dans l’enseignement secondaire. C’est ma cinquième année. Je viens d’être certifié il y a deux ans. J’ai toujours aimé enseigner et j’aime beaucoup les enfants, nous raconte Ronny, sourire aux lèvres. C’est l’essentiel. Quand on enseigne, ce qu’il faut avant tout c’est d’aimer les enfants. Il n’y a pas de secret (…) Et évidemment j’aime la langue tahitienne. C’est notre langue. Et le français aussi.”

Lire aussi : Le premier agrégé en langue tahitienne sera bientôt connu

En plus de l’agrégation, Ronny a préparé le concours de chef d’établissement. “Ce n’était pas évident”, reconnait l’enseignant. “Je ne pensais pas du tout être admis (pour l’agrégation, NDLR). Au départ ce n’était pas du tout mon objectif. (…) C’était une tâche assez ardue puisqu’on avait plus de 90 œuvres littéraires à lire, raconte le premier agrégé en reo Tahiti. C’est impossible, il ne faut pas se leurrer. Je crois qu’il faut être méthodique, aller chercher l’information qui va te permettre de répondre aux attentes des épreuves. Il faut sélectionner le maximum d’informations. Peut-être que ce qui a fait la différence, c’est mon parcours universitaire puisque je suis toujours dans le monde universitaire, je suis toujours dans cet esprit par rapport à ma formation de doctorant. Les autres, n’étant plus dans le moule universitaire, ont eu moins de facilité peut-être. C’est normal. Surtout pour les épreuves écrites qui portent sur des connaissances théoriques. (…) C’est juste un titre. Il n’y a pas à avoir la grosse tête. Il faut rester humble. On est tous compétents (…), on a tous le même but : c’est faire la promotion de nos langues. Il faut travailler en équipe. (…) Il faut que notre langue retrouve sa place au sein de notre peuple, au sein de ce pays.”

Enfant, Ronny a appris le reo Tahiti grâce à l’école du dimanche. “Ça m’a aidé lors des examens du bac, à l’école normale etc. J’avais un bagage et forcément ça ouvre des portes.” Devenu parent, Ronny n’a pas transmis le reo Tahiti à ses enfants autant qu’il l’aurait souhaité : “Ils comprennent mais ils ne l’utilisent pas. Bon… J’essaie de me rattraper avec mes mootua. Au moins ça ! Il vaut mieux tard que jamais. Elles comprennent. Elles commencent à me répondre en tahitien. Je suis content.”

L’interview de Ronny Teriipaia

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