dimanche 11 avril 2021
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Moenau, le reo tahiti dans la peau

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Enfant du fenua aujourd'hui installée en Californie, Moenau partage avec passion et patience sa langue qu'est le reo Tahiti, à travers le monde. Propriétaire d'une agence de voyage et d'une plateforme d'apprentissage du tahitien, cette self-made woman dévoile tout sur son parcours atypique.

Publié le 10/03/2021 à 15:40 - Mise à jour le 10/03/2021 à 15:42
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Enfant du fenua aujourd'hui installée en Californie, Moenau partage avec passion et patience sa langue qu'est le reo Tahiti, à travers le monde. Propriétaire d'une agence de voyage et d'une plateforme d'apprentissage du tahitien, cette self-made woman dévoile tout sur son parcours atypique.

Originaire de Mahina, Moenau est née dans une famille parlant couramment le tahitien. Elle explique avoir toujours baigné dans le reo Tahiti. « Moi, je n’ai pas trop pratiqué la langue en grandissant, mais je la comprenais bien parce que j’ai eu la chance d’avoir ma grand-mère qui habitait chez nous. Et elle ne parle pas le français. On a été exposé à la langue durant pratiquement toute notre enfance ».

Il y a 15 ans, elle se marie à un américain et émigre aux Etats-Unis. Elle aide son tane qui est danseur, chorégraphe et passionné de culture polynésienne, et qui, en tant qu’anglophone, a du mal à trouver des ressources pour apprendre le tahitien. « Il fallait qu’il apprenne le français d’abord avant d’apprendre le tahitien. C’est très compliqué. J’ai donc commencé à apprendre à mon mari, à la maison ». Face au manque de ressources en anglais, Moenau décide de créer elle-même sa propre plateforme d’apprentissage du reo Tahiti.

Pour se professionnaliser, la belle reprend le chemin de l’école. Elle perfectionne son tahitien à l’université de Hawaii. Aujourd’hui mère de famille, cette cheffe d’entreprise profondément attachée à ses racines, est à la tête d’une agence de voyage spécialisée dans le Pacifique Sud et de la plateforme Poly-lingual reo Tahiti. À la maison, Moenau pousse ses filles vers la même voie en leur parlant à la fois anglais, français et tahitien.

Régulièrement, elle est réquisitionnée par les groupes de danse basés en Californie qui ont besoin d’aide dans la traduction des chants en tahitien. Elle organise également leurs voyages de groupe lorsqu’ils doivent se rendre en Polynésie pour des concours et autres représentations. Son expérience dans le tourisme, elle la tient de ses années en tant que personnel naviguant sur Air Tahiti Nui. « Nous travaillons aussi avec la Maison de la culture. Nous sommes les ambassadeurs du Hura Tapairu Manihini […]. On en fait la publicité ici aux Etats-Unis. On fait aussi la publicité du ‘Ori tahiti nui competition, le ‘Ori tahiti world cup… Tous les événements qui touchent l’international ».

Un reo Tahiti challenge à l’origine de l’engouement inattendu pour le tahitien

Pendant le confinement l’an dernier, Moenau et son mari cherchent une occupation : ils décident alors de se mettre plus sérieusement à la pratique du tahitien en famille, en se lançant dans un reo Tahiti challenge. Le principe : publier sur les réseaux sociaux des vidéos à écouter afin de s’entrainer à prononcer des mots ou phrases en tahitien. « Il fallait trouver des moyens pour s’occuper à la maison. On avait commencé justement à apprendre plus sérieusement le tahitien à la maison. […] On a partagé notre parcours, notre aventure avec le reo Tahiti sur les réseaux sociaux ».

Une formule qui a suscité l’engouement auprès de leurs amis, proches et connaissances. À tel point que Moenau prend l’initiative de relancer le challenge en 2021. « Beaucoup de gens s’y sont intéressés, ils ont voulu nous joindre. On l’a fait juste comme ça, ce n’était pas vraiment organisé. On s’est dit que c’était juste pour s’occuper à cause du confinement. Du coup, cette année, j’ai réorganisé [le challenge] parce qu’à la fin de l’année dernière, en 2020, les gens sont restés en contact avec moi » […]. « À notre surprise, le reo Tahiti a fait fureur partout dans le monde ».

Moenau se réjouit de l’intérêt porté à sa langue. Intérêt qu’elle explique d’ailleurs par la passion qu’avaient les quelques 200 participants pour la culture polynésienne, mais pas que. « Ils aiment Tahiti, ils aiment les îles, ils aiment la Polynésie donc les gens veulent apprendre plus de Tahiti. Deuxièmement, beaucoup de participants sont dans la communauté du ‘ori tahiti. Et donc, il faut apprendre le reo Tahiti, car il faut créer les danses, le ‘aparima… Sans la langue, c’est difficile ! ».

Cette expérience fait réaliser à Moenau qu’il y a une réelle demande de la part de la communauté internationale. « Les gens sont vraiment investis par rapport à notre langue […]. Pour moi, c’est un honneur et un privilège de pouvoir partager ça au monde ! ».

Et Moenau ne compte pas s’arrêter là. Elle veut avec ses collaborateurs introduire sur sa plateforme numérique d’autres langues du Pacifique Sud comme le reo Maori, le hawaiien ou le fidjien.

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