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Cinquième soirée du Heiva – Toahiva, pour l’amour de la langue

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Publié le 13/07/2017 à 23:52 - Mise à jour le 13/07/2017 à 23:52
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Pas facile de succéder aux danseurs de Pupu tamarii Papara oire qui avaient pris jeudi une sérieuse option sur le Prix Gilles Hollande, qui récompense le meilleur groupe amateur. D’autant plus que les gradins latéraux étaient très clairsemés vendredi. Peut-être à cause de l’absence de groupe professionnel, ou parce que le bal populaire de Papeete a fait de la concurrence à To’ata. 

Mais Erai te toa no Avera ne vient pas pour faire de la figuration. L’an passé, le groupe, créé seulement quelque mois plus tôt, avait décroché deux belles troisièmes places au Heiva : dans le concours du meilleur danseur, et surtout, en Hura ava tau. Cette année, les 80 danseurs voulaient faire encore mieux.
 

Le groupe conte la légende du repeuplement de Avera, grâce au chef Teiarau, sous les ordres symboliques et parfois difficiles à déchiffrer de son beau-père Matai. Les 80 danseurs emmenés par Igor Paparai livrent une prestation honnête à To’ata, malheureusement ternie par un épilogue un peu étrange, les danseurs restant immobiles de longues secondes avant que les lumières ne s’éteignent. Sans doute un problème de communication entre le groupe et les techniciens de To’ata.
 

Tamarii Manotahi est un client sérieux dans le concours de Tārava Raromatai. Il l’a déjà gagné en 2009, l’année de sa création. Terii Teriitapunui communique son enthousiasme à ses chanteurs, qui portent avec brio les créations de Serge Tuarau. Ils chantent l’histoire du Arii Pomare qui part à la rencontre du peuple de Manotahi avant la guerre de Feipi.
 

Tematai Le Gayic a beau être très jeune, il contrôle parfaitement les voix, presque toutes plus âgées, qui lui font confiance. Inscrit en Tārava tuha’a pae, le groupe Papara to’u fenua de Béatrice Le Gayic créé l’an passé (il avait obtenu le troisième prix) décrit Ape’a, au centre de Papara, sur ce thème : « Ape’a te pu no to’u ora, nohora’a no Pa’iha vahine ».
 

Vient enfin le groupe de Moon : Toahiva. Son thème ? Le choc culturel et la perte de la langue. Un thème souvent abordé à To’ata. Cependant Toahiva le traite avec talent : si les chorégraphies manquent parfois un peu d’amplitude, les attitudes des danseurs et danseuses, elles, sont très convaincantes. Elles témoignent une belle expressivité dans les mouvements qui expriment la souffrance : la langue, comme une âme, semble parfois arrachée du corps des artistes. Ils semblent habités par leur thème, ce qui donne de la force à leur prestation… et leurs costumes végétaux, très travaillés, embaument les tribunes, ce qui ajoute du plaisir olfactif au plaisir visuel.
 

Les soirées de concours s’achèvent ce samedi 15 juillet à To’ata, avec notamment le groupe qui avait emporté le Prix Gilles Hollande l’an passé : Tahiti Ia Ruru-tu noa.
 

Mike Leyral

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