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La National Portrait Gallery de Londres cherche à acquérir le portrait d’Omai valant 6,9 milliards de Fcfp

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La National Portrait Gallery de Londres a lancé une collecte de fonds pour acquérir le portrait du Polynésien Omai, qui accompagna le capitaine Cook jusqu’à la capitale britannique. Un portrait d’une « importance nationale, internationale et culturelle » selon le musée d’art.

Publié le 02/09/2022 à 13:24 - Mise à jour le 03/09/2022 à 15:18
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La National Portrait Gallery de Londres a lancé une collecte de fonds pour acquérir le portrait du Polynésien Omai, qui accompagna le capitaine Cook jusqu’à la capitale britannique. Un portrait d’une « importance nationale, internationale et culturelle » selon le musée d’art.

Il est décrit comme l’un des plus grands portraits jamais peints. L’œuvre de Joshua Reynolds, Portrait of Omai (1776), est au centre de l’attention de la National Portrait Gallery de Londres, qui souhaite l’acquérir pour la modique somme d’un peu plus de 58 millions d’euros (6,94 milliards de francs environ), prix d’appel.

En mars dernier, le gouvernement anglais avait temporairement interdit l’exportation du portrait d’Omai jusqu’en juillet. N’ayant pas trouvé d’acquéreur à cette date, les autorités britanniques ont rallongé l’interdiction à mars 2023. Un nouveau délai qui laissera probablement le temps à la National Portrait Gallery de Londres de récolter les fonds nécessaires à son acquisition. Le but affiché ici : garder ce chef d’œuvre de Joshua Reynolds au Royaume-Uni et permettre aux potentiels acquéreurs publics d’enchérir.  

Omai, ou Mai, est connu pour avoir été un des premiers polynésiens à avoir foulé le sol européen, le premier étant Ahutoru qui a rejoint Paris en 1769, avec le navigateur français Bougainville. Né à Raiatea (îles Sous-le-Vent) vers 1751, Omai s’installa sur l’île de Tahiti au début de son adolescence et servit les chefferies tahitiennes en qualité de tahu’a (prêtre ou guérisseur). En 1773, Omai embarque sur le HMS Adventure, sous commandement du capitaine Tobias Furneaux, et faisant partie de l’expédition du capitaine Cook dans le Pacifique. 

Omai (à gauche) avec Sir Joseph Banks et le Dr. Daniel Solander, par William Parry (1775-76)

De 1774 à 1776, Omai vit à Londres avec pour guide Sir Joseph Banks. Un séjour qui suscita la curiosité et l’imagination des Britanniques, alors que le Tahitien s’intègre à la haute société. Omai revient en Polynésie en 1776, toujours avec le capitaine James Cook, et demeure sur l’île de Huahine jusqu’à son décès, vraisemblablement en 1779.

Omai n’est pas le seul polynésien à avoir voyagé avec le capitaine Cook puisque Tupaia, lui aussi originaire de Raiatea, guida le navigateur à travers le Pacifique, des îles Hawaii à la Nouvelle-Zélande, où il devient une figure historique chez les Maori.

Pour la National Portrait Gallery, l’acquisition d’un tel chef d’œuvre serait un événement majeur. Un porte-parole du musée le décrit comme une « peinture singulière d’une importance nationale, internationale et culturelle ». Un sentiment partagé par les autorités britanniques qui soulignent son « importance exceptionnelle dans l’étude de l’art du XVIIIe siècle, en particulier du portrait » et le qualifie de « travail de premier plan dans l’étude du colonialisme et de l’empire, de l’exploration scientifique et de l’histoire du Pacifique ».

Portrait of Omai (1776), Joshua Reynolds

Achetée une première fois en 1796, quelques années après le décès de Joshua Reynolds, l’oeuvre est restée durant plus de deux siècles dans la même famille, du 5ème au 13ème comte de Carlisle. Le portrait a ensuite été vendu à la société suisse Settlements SA, contrôlée par le collectionneur et propriétaire irlandais de haras pur-sang, John Magnier. Ce dernier a tenté plusieurs fois de transporter l’œuvre en Irlande. En vain, les autorités anglaises posant systématiquement une interdiction d’exportation. 

Loué au Tate en 2005 pour une exposition sur l’oeuvre de Joshua Reynolds, le portrait d’Omai a ensuite pu quitter temporairement le territoire britannique pour une exposition de six ans au Dublin’s National Gallery of Ireland. À son retour sur le sol britannique, le portrait a fait l’objet d’une nouvelle demande d’exportation temporaire, refusée. Début 2022, une nouvelle demande d’exportation, permanente cette fois-ci, assortie d’une nouvelle évaluation de l’oeuvre a été faite, poussant le gouvernement anglais à poser une nouvelle interdiction pour permettre aux musées anglais de se positionner sur le nouveau prix de l’oeuvre. 

Selon le Quotidien de l’Art la National Portrait Gallery compte sur le National Heritage Memorial Fund, l’Art Fund et des donateurs privés, et pourrait demander à l’État une subvention spéciale pour rassembler la somme. Le musée d’art n’est pas seul à vouloir acquérir le portrait d’Omai, d’autres établissements et acquéreurs privés se sont manifestés. Néanmoins, le gouvernement anglais semble avoir une préférence pour la National Portrait Gallery, ce qui expliquerai l’interdiction rallongée jusqu’à mars 2023. 

« Bien que Magnier soit propriétaire d’Omai depuis plus de 20 ans, il ne semble jamais avoir apprécié l’oeuvre. Mais en tant qu’investissement financier, il pourra largement profité de sa vente », estime de son côté le site spécialisé The Art Newspaper.

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