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Nouvelle-Calédonie : un accord politique pour la reprise de l’usine de nickel de Vale

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Au cœur depuis six mois d'un conflit qui a secoué la Nouvelle-Calédonie, la reprise de l'usine de nickel du groupe brésilien Vale a finalement fait l'objet jeudi de la signature d'un accord politique entre loyalistes, indépendantistes et chefs coutumiers kanak.

Publié le 04/03/2021 à 8:04 - Mise à jour le 04/03/2021 à 8:04
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Au cœur depuis six mois d'un conflit qui a secoué la Nouvelle-Calédonie, la reprise de l'usine de nickel du groupe brésilien Vale a finalement fait l'objet jeudi de la signature d'un accord politique entre loyalistes, indépendantistes et chefs coutumiers kanak.

“Au-delà d’une simple sortie de crise, cet accord politique donne naissance à un nouveau modèle minier du sud calédonien”, a déclaré lors d’une conférence de presse l’indépendantiste Roch Wamytan, président du Congrès.

Depuis deux semaines, le leader kanak coordonne des discussions entre les dirigeants loyalistes de la province sud d’un côté et de l’autre le collectif “usine du sud, usine pays”, l’instance coutumière autochtone de négociations (ICAN) et le FLNKS, parti historique de la lutte kanak.

L’État et le groupe brésilien, qui a décidé en décembre 2019 de se désengager de Nouvelle-Calédonie, étaient également parties prenantes.

“Cet accord entre les forces politiques calédoniennes redonne de l’espoir sur notre capacité à trouver des solutions, en sortant de nos postures habituelles”, s’est réjouie Sonia Backès, présidente de la province Sud, autorité régulatrice dans ce dossier.

Depuis plus de trois mois, la mouvance indépendantiste mène un combat sans merci contre une offre de rachat de cette gigantesque usine métallurgique de nickel, adossée au riche et stratégique gisement de Goro, par un consortium calédonien et international, incluant le négociant suisse en matières premières, Trafigura. L’offre était taxée “de pillage de la ressource et de spéculation financière”.

Le 2 février, le FLNKS a fait tomber le gouvernement collégial pour l’empêcher d’aboutir, avant d’obtenir deux semaines plus tard la majorité au sein de l’exécutif, grâce à une alliance avec un parti charnière. 

– Usine à l’arrêt –

Après avoir été prise d’assaut par des émeutiers le 10 décembre, l’usine, qui représente 3.000 emplois directs et indirects, est à l’arrêt et placée sous la protection de la gendarmerie.

Dans le nouveau consortium baptisé “Goro Resources”, Trafigura reste toutefois présent à hauteur de 19% du capital, un fonds de pension aura 30%, tandis que les 51% restant seront détenus par des intérêts calédoniens : salariés, populations locales et trois provinces calédoniennes (sud, nord, îles Loyauté). 

Dans la transaction, Vale laisse dans les caisses 500 millions d’euros (59,6 milliards de Fcfp) pour financer une installation de stockage des résidus de cette unité chimique, tandis que l’État apporte environ 400 millions d’euros (47,7 milliards de Fcfp) en garanties et en prêt. Le reste de ce tour de table à 1 milliard d’euros est apporté par les actionnaires non publics.

“L’un des éléments fondamentaux” est que la collectivité de la province Sud reprend possession des titres miniers qu’elle va désormais louer au consortium exploitant. “Cela va nous permettre d’en tirer du profit”, a insisté Mme Backès. 

L’autre grande nouveauté est le “partenariat industriel de haut niveau” conclu avec le géant américain Tesla, qui ne participe pas au capital.

– Tesla conseiller technique –

Le constructeur automobile de véhicules électriques, dont les batteries sont le débouché de l’usine de nickel de Goro, “jouera un rôle de conseiller technique dans le développement et l’amélioration du procédé industriel, dans le cadre d’un accord d’approvisionnement à long terme de sa chaîne de production”, ont indiqué les dirigeants calédoniens.

Ils ont en outre mis en exergue “le développement durable, qui est au cœur de la mission” de l’entreprise du milliardaire Elon Musk.

Sur ce thème, l’accord s’engage “au respect des plus hauts standards internationaux en matière de protection de l’environnement et de maîtrise des risques”, alors que l’usine classée Seveso est située dans une zone à la biodiversité fragile.

Alors que le nickel est un enjeu hautement politique en Nouvelle-Calédonie, où se trouve un quart des ressources de ce minerai, cette crise est intervenue à un moment crucial du processus de décolonisation progressif de l’archipel, inscrit dans l’accord de Nouméa (1998).

Cet accord touchera à sa fin au plus tard en 2022 avec l’organisation d’un troisième et dernier référendum. Les deux premiers, les 4 novembre 2018 et 4 octobre 2020, ont été remportés par les pro-français avec 56,7% puis seulement 53,3% des voix. 

Les indépendantistes avaient posé comme préalable à toute discussion la résolution du rachat de l’usine de Vale. 

“Cet accord ouvre la voie au sauvetage de ce site industriel, sauvetage financé largement par la solidarité nationale. C’est avant tout une bonne nouvelle pour les 3.000 salariés de l’Usine du Sud et de leurs familles. C’est aussi une bonne nouvelle pour l’environnement avec des garanties renforcées. Il faut désormais que reprenne le dialogue sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, sur les conséquences du oui et du non”, a réagi auprès de l’AFP le cabinet du ministre des Outre-mer.

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