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Nouvelle-Calédonie : après le non à l’indépendance, place à la transition

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"La France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d'y rester": Emmanuel Macron a salué dimanche la victoire du non à l'indépendance lors du troisième référendum d'autodétermination. Une victoire en demi-teinte après l'appel des indépendantistes à bouder le scrutin. S'ouvre à présent une période de 18 mois pour définir le nouveau statut de l'archipel.

Publié le 12/12/2021 à 7:34 - Mise à jour le 12/12/2021 à 7:37
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"La France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d'y rester": Emmanuel Macron a salué dimanche la victoire du non à l'indépendance lors du troisième référendum d'autodétermination. Une victoire en demi-teinte après l'appel des indépendantistes à bouder le scrutin. S'ouvre à présent une période de 18 mois pour définir le nouveau statut de l'archipel.

Marqué par une abstention record après l’appel des indépendantistes à bouder le scrutin, ce troisième et dernier référendum a été remporté par les pro-France avec 96,49% des voix, contre 3,51% au oui à l’indépendance, les votes blancs et nuls comptabilisant 2,99%.

L’ampleur du résultat est à relativiser par une participation (43,90%) en chute libre par rapport aux deux précédents référendums remportés en novembre 2018 et octobre 2020 par les loyalistes avec respectivement 56,7% puis 53,3% des suffrages.

“Quand on voit le taux d’abstention (…) juridiquement le référendum est indiscutable, politiquement c’est un faux référendum car il n’y aura rien de réglé ce soir”, a commenté Carine David, professeure de droit public à l’université des Antilles et spécialiste des institutions d’Outre-mer, sur franceinfo.

Ce résultat “ne veut rien dire à part que le non est d’accord avec le non”, a abondé l’historienne Isabelle Merle, directrice de recherche au CNRS.

Sur ce constat, le président Macron a appelé, lors d’une allocution solennelle depuis l’Elysée, à accueillir avec “respect et humilité” le résultat, notant que “le corps électoral est resté profondément divisé” sur le “Caillou”, archipel stratégique du Sud-Pacifique, français depuis 1853.

Le chef de l’Etat a eu, au passage, “une pensée pour toutes celles et tous ceux qui pleurent un proche” alors que les indépendantistes avaient décidé de ne pas participer au vote en invoquant l’impossibilité d’organiser “une campagne équitable” à cause de l’épidémie de Covid-19 et le fait que la population kanak est plongée dans le deuil.

Mais “ce soir la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester”, s’est-il aussi félicité.

Le résultat du référendum était observé bien au-delà des frontières de la France, notamment chez l’ambitieux voisin chinois. L’archipel détient un quart des réserves mondiales de nickel et garantit à Paris une vaste superficie d’eaux territoriales ainsi qu’un point d’entrée en Indo-Pacifique.

“L’accord de Nouméa” de 1998, qui organise la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie par étapes, “arrive à son terme juridique”, a rappelé M. Macron, alors que s’ouvre désormais une “période de transition qui libère de l’alternative binaire entre le oui et le non” et qui “doit nous conduire à bâtir un projet commun”, a-t-il dit.

En juin à Paris, les acteurs calédoniens avaient décidé avec l’Etat qu’après le 12 décembre s’ouvrirait “une période de stabilité et de convergence” avant un “référendum de projet” d’ici juin 2023, qui, en cas d’une victoire du non, porterait sur un nouveau statut dans la République.

Le dialogue ne sera cependant pas si facile. Le FLNKS et les nationalistes, qui n’ont pas réagi dimanche soir, avaient fait savoir avant le référendum qu’ils n’en reconnaîtraient pas le résultat et qu’ils le contesteraient devant les instances internationales.

La Nouvelle-Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l’ONU.

“Le sens de l’histoire”

Les indépendantistes ont également prévenu qu’ils récusaient toute rencontre avec le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa, avant l’élection présidentielle en avril 2022.

“Je prends acte qu’ils ont besoin de prendre du temps (…) néanmoins, certains sujets d’actualité sont urgents et nécessitent de nouer rapidement le dialogue avec les institutions et formations politiques locales”, a déclaré le ministre à l’AFP.

“Sur la question institutionnelle, nous avons jusqu’à juin 2023 pour définir un nouvel avenir. Nous avons plus de temps pour y travailler. L’Etat n’entend pas confondre vitesse et précipitation dans cette phase importante“, a-t-il ajouté.

Alors que l’Etat avait déployé un impressionnant dispositif de sécurité – 2 000 gendarmes et policiers, 130 véhicules, 30 engins blindés et des moyens aériens – par crainte de voir s’enflammer cet archipel qui a déjà connu des épisodes de troubles, le scrutin s’est déroulé sans incidents.

Des habitants de quartiers populaires de Nouméa ont critiqué cette débauche de moyens sécuritaires, la considérant comme une “provocation”.

Dans le camp loyaliste, la présidente de la province sud Sonia Backès s’est félicitée dimanche soir de voir que “les rêves tristes d’une indépendance se sont brisés”.

“Nous avons décidé en notre âme et conscience de rester français. (…) Ce n’est plus négociable. Et c’est ça le sens de l’histoire !”, a-t-elle ajouté, invitant les indépendantistes “à construire un nouveau projet”.

Dans les rues désertes dimanche soir de Nouméa, ni klaxon, ni drapeaux bleu blanc rouge : les pro-France ont eu la victoire sobre, à l’image d’une campagne anesthésiée.

À Paris, la classe politique a largement salué la victoire du non, le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon jugeant toutefois le résultat “pas légitime” en raison du très fort taux d’abstention.

Non à l’indépendance en Nouvelle-Calédonie : et maintenant?

Sur le plan juridique, l’accord de Nouméa signé en 1998 sous l’égide du Premier ministre d’alors Lionel Jospin, et qui organise la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie par étapes, est terminé.

“Une période de transition de 18 mois” doit s’ouvrir pour élaborer un nouveau statut dans la République.

L’objectif invoqué : “se libérer de l’alternative binaire entre le oui et le non” et “bâtir un projet commun” dans cette “nouvelle étape”, a expliqué Emmanuel Macron dans une allocution télévisée après la proclamation des résultats.

Deux phases sont prévues: le “bilan” de l’accord de Nouméa, avant des discussions qui devront “aboutir à une nouvelle révision constitutionnelle”, une révision de la Loi organique et une “consultation de projet”. .

Emmanuel Macron a notamment évoqué dimanche “la situation économique (et) sanitaire, la relance, l’équilibre des comptes publics”, ou encore “les inégalités qui fragilisent l’unité de l’archipel, la stratégie nickel, l’autonomie alimentaire et énergétique, le foncier, la fiscalité”.

Dialogue compliqué

Alors que M. Lecornu est arrivé sur place vendredi, le dialogue entre tous les acteurs s’annonce pour autant compliqué.

Le FLNKS et les nationalistes, qui ont boudé dimanche le scrutin qu’ils espéraient voir repoussé en 2022, ont d’ores et déjà annoncé ne pas reconnaître son résultat, qui “ne pourra pas constituer une base de discussion”. Ils ne souhaitent pas non plus discuter “avant la présidentielle” d’avril 2022.

Pour anticiper les crispations, le ministère des Outre-mer a tenu à rassurer que “la réconciliation des mémoires, la préservation et la valorisation de la culture kanak restaient plus que jamais d’actualité”.

Horizon incertain

La France ne devrait “pas introduire de manière unilatérale auprès de l’ONU de demande de retrait de la Nouvelle-Calédonie de la liste des territoires non-autonomes”, précisait un document de juillet 2021 qui sert depuis de feuille de route.

Arguant qu’il est “à charge contre l’indépendance”, le FLNKS rejette ce document et fait plus volontiers référence comme socle de discussion au rapport rédigé en 2013 par Ferdinand Melin-Soucramanien, agrégé de droit public, et Jean Courtial, conseiller d’Etat.

Ces derniers avaient exploré quatre hypothèses “d’aboutissement de l’accord de Nouméa”, dont l’une était “la pleine souveraineté avec partenariat”, qui fait écho au projet des indépendantistes, opposés à “une rupture avec la France”.

Pour Isabelle Merle, historienne, directrice de recherche au CNRS, la Nouvelle-Calédonie a surtout “besoin d’être sécurisée” et “que le dialogue soit maintenu avec toutes les composantes de la population”.

“Un pacte d’avenir, (…) cela pourrait être un statut qui intégrerait l’idée d’une indépendance-association”, a-t-elle envisagé dimanche sur franceinfo.

“Il faudra au gouvernement de la patience, de l’inventivité et beaucoup de respect”, “dans un horizon incertain”, a jugé auprès d’Ouest-France Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux et ex-rapporteur de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

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