Législatives : en Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Tjibaou, second député indépendantiste de l’histoire du Caillou

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Plus fracturée que jamais, la Nouvelle-Calédonie a envoyé pour la première fois depuis 1986 un candidat indépendantiste à l'Assemblée nationale : au-delà du symbole, l'élection d'Emmanuel Tjibaou pourrait changer le rapport de force dans les discussions sur l'avenir du territoire.

Publié le 07/07/2024 à 8:46 - Mise à jour le 11/07/2024 à 14:12

Plus fracturée que jamais, la Nouvelle-Calédonie a envoyé pour la première fois depuis 1986 un candidat indépendantiste à l'Assemblée nationale : au-delà du symbole, l'élection d'Emmanuel Tjibaou pourrait changer le rapport de force dans les discussions sur l'avenir du territoire.

Cet homme de 48 ans l’a largement remporté dans la seconde circonscription du « Caillou », avec 57,44% des voix, à l’issue d’une élection marquée par un taux de participation record.

Dans la première circonscription, qui inclut Nouméa, le loyaliste Nicolas Metzdorf s’est lui imposé, mais sur un score bien plus serré que prévu : il n’emporte que 52,41% des suffrages face à l’indépendantiste Omayra Naisseline.

Emmanuel Tjibaou devient le second député indépendantiste de l’histoire calédonienne après Roch Pidjot, élu de 1964 à 1986. Il est surtout le premier à réussir cette performance depuis le découpage des deux circonscriptions calédoniennes en 1986 par Charles Pasqua, décrié par le camp indépendantiste qui les jugent taillées pour les loyalistes.

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Son élection intervient alors que la Nouvelle-Calédonie est enfoncée dans des troubles démarrés en mai avec l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle sur le dégel du corps électoral. Si les émeutes se sont calmées, malgré des troubles sporadiques, des centaines d’entreprises sont à l’arrêt et une grave crise économique menace.

Fils de Jean-Marie Tjibaou, emblématique leader kanak assassiné en 1989, Emmanuel Tjibaou n’avait jusqu’à cette campagne express jamais frayé avec la politique, se distinguant dans le champ culturel calédonien, où il a occupé plusieurs postes importants. Son frère Joël a été mis en examen et placé en détention provisoire en juin pour son rôle soupçonné dans les émeutes que connaît « le Caillou » depuis mi-mai. 

Le prendre comme candidat a été un « choix très malin », selon Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique : « C’est un candidat qui sort des appareils politiques classiques, qui n’est pas un militant (…) mais qui a un parcours qui parle pour lui. Le fait qu’il soit élu, c’est aussi un vote pour le renouvellement ».

Mobilisation indépendantiste

Localement, au terme d’une campagne phagocytée par les enjeux liés à l’avenir institutionnel de la Calédonie, ce sont les chiffres additionnés des deux scrutins qui ont créé la stupeur.

Alors que beaucoup d’indépendantistes avaient fait de cette élection une sorte de référendum, ils ont obtenu plus de 10.000 voix d’avance sur les loyalistes, une première.

Dans l’entre-deux-tours, Emmanuel Tjibaou et Omayra Naisseline ont battu la campagne pour convaincre les abstentionnistes, enchaînant plusieurs réunions politiques par jour.

Avec succès. « On voit que quand il y a de la mobilisation dans le camp indépendantiste, ça peut vraiment surpasser le camp non-indépendantiste », estime Pierre-Christophe Pantz, qui juge l’événement « fondamental ».

« Avec ce nouveau score indépendantiste, on a rebattu les cartes du point de vue du rapport de force » dans les négociations à venir entre indépendantistes et loyalistes sur l’avenir du territoire, poursuit-il.

Philippe Gomès, l’un des leaders du parti non-indépendantiste modéré Calédonie ensemble (CE), va même plus loin.

Dans un billet intitulé « Chronique d’une déroute politique » publié dimanche soir sur Facebook, il estime que « le dernier clou du cercueil de la Calédonie française vient d’être planté », accusant les chefs de file loyalistes, Nicolas Metzdorf et Sonia Backès, d’avoir fait fuir les électeurs avec des positions trop radicales.

Visiblement ému, Emmanuel Tjibaou a lui appelé après son élection à « recréer les conditions du dialogue » sur la chaîne publique Nouvelle-Calédonie La 1ère, se revendiquant des accords de Matignon (1988) et Nouméa (1998), qui avaient amené une période de paix après la quasi-guerre civile de la période 1984-1988.

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