mardi 28 juin 2022
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Législatives : en métropole, Macron perd sa majorité absolue, poussée historique du RN

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Une victoire au goût de défaite: le camp Macron arrive certes en tête au second tour des élections législatives mais perd la majorité absolue face à la forte percée de la gauche unie et celle, historique, du Rassemblement national, selon les estimations.

Publié le 19/06/2022 à 8:59 - Mise à jour le 19/06/2022 à 16:21
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Une victoire au goût de défaite: le camp Macron arrive certes en tête au second tour des élections législatives mais perd la majorité absolue face à la forte percée de la gauche unie et celle, historique, du Rassemblement national, selon les estimations.

S’ils sont confirmés, ces résultats inédits sous la 5e République posent la question de la capacité d’Emmanuel Macron à pouvoir gouverner le pays et faire voter les réformes promises.

Deux mois après sa réélection, le chef de l’Etat qui avait exhorté plusieurs fois les Français à lui donner “une majorité forte et claire” n’a pas été entendu et voit même le RN, désigné comme l’ennemi N.1 de la présidentielle, débarquer massivement et contre toute attente au Palais-Bourbon avec jusqu’à une centaine de députés selon certaines estimations.

Ces scores interrogent aussi sur la poursuite du bail d’Elisabeth Borne à Matignon: à la recherche d’alliés, notamment à droite, M. Macron devra-t-il repeindre du sol au plafond son gouvernement ?

Symboles de la claque reçue, la macronie a d’ores et déjà perdu ses chefs de file à l’Assemblée et deux intimes de M. Macron. Le président Richard Ferrand a été battu dans son fief du Finistère, et le patron des députés LREM Christophe Castaner dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Deux ministres, au moins, Brigitte Bourguignon (Santé) et Justine Benin (Mer) ont également mordu la possière et devront quitter le gouvernement.

“C’est loin de ce que l’on espérait”, a admis le ministre des Comptes publics Gabriel Attal, en affirmant que cette “situation inédite” va “imposer de dépasser nos certitudes, nos clivages”.

Sans surprise, ce scrutin, le 4e en deux mois après la présidentielle, a été boudé par les Français alors qu’une partie du pays subissait une vague de chaleur inédite. Le taux d’abstention devrait atteindre entre 53,5% et 54%, en hausse de plus d’un point par rapport au premier tour (52,49%), selon les instituts de sondage. Elle n’atteindra toutefois pas le record du second tour de 2017 (57,36%).

Selon les premières estimations, la coalition présidentielle Ensemble!(LREM, MoDem, Agir et Horizons) obtient entre 210 et 240 sièges selon Harris Interactive-Toluna, 210 à 250 selon l’Ifop-Fiducial, 224 selon Ipsos Sopra Steria, 200 à 260 selon Opinionway, 205 à 235 selon Elabe. Elle serait ainsi loin de son objectif d’atteindre la majorité absolue de 289 députés sur 577, contrairement à 2017, ce qui lui avait permis d’avoir la haute main sur le Palais Bourbon durant cinq ans.

Le camp Macron devra désormais batailler face à une gauche unie puissante (LFI, PS, EELV et PCF), qui devient la première force d’opposition avec de 150 à 203 députés, selon différents instituts de sondage, 149 selon Ipsos.

Une “percée incroyable”, s’est félicitée la députée LFI Clémentine Autain, y voyant une “validation de la stratégie portée par Mélenchon”.

Au premier tour, la majorité sortante était arrivée au coude-à-coude – autour de 26% des voix – avec l’alliance de gauche. 

Le RN en force

La majorité devra aussi composer avec un Rassemblement national renforcé qui, avec de 67 à 102 sièges selon les estimations, constitue la grande surprise de ce deuxième tour, après une campagne en retrait, effacée par le duel entre le camp Macron et la gauche. Un “tsunami”, s’est même félicité le président par intérim du parti Jordan Bardella, alors que le RN ne comptait que huit élus en 2017.

Conséquence, le RN sera en mesure de former facilement un groupe parlementaire, soit au moins 15 députés, ce qui donne davantage de moyens et de temps de parole. 

Le parti de Marine Le Pen, réélue dans le Pas-de-Calais, n’y était parvenu qu’une fois dans son histoire, de 1986 à 1988, du temps du Front national, grâce à la proportionnelle.

Au premier tour, il avait totalisé 18,7%, soit 5,5 points de plus qu’en 2017, devant Les Républicains et ses alliés de l’UDI tombés à 11,3%.

Ces derniers, qui représentaient la deuxième force dans l’Assemblée sortante, sont crédités de 30 à 80 députés seulement, selon les différents instituts.

L’un des enjeux du scrutin est le nombre de ministres qui, parmis les 15 se présentant, devront quitter le gouvernement s’ils sont battus.

Candidate dans le Calvados, la Première ministre Elisabeth Borne serait sortie gagnante de son baptême du feu électoral mais avec le score serré de 53% contre 47% à son jeune adversaire de gauche selon les estimations.

En revanche, la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon a été défaite par le RN dans le Pas-de-Calais, tout comme la secrétaire d’État à la Mer Justine Benin en Guadeloupe.

D’autres ministres sont menacés, notamment Amélie de Montchalin (Transition écologique), en grand danger dans l’Essonne, comme pour le patron d’En Marche et ministre de la Fonction publique Stanislas Guerini ou encore pour le ministre délégué à l’Europe Clément Beaune, tous deux à Paris. 

La Nupes s’est félicitée de ses résultats en outre-mer, huit des neuf candidats soutenus par la coalition de gauche ayant été élus en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, où on a voté dès samedi et qui restent donc majoritairement à gauche.

En Polynésie, l’indépendantiste Tematai Le Gayic devient, à 21 ans, le plus jeune député de l’histoire de la Vème République.

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