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Le Chili, premier pays d’Amérique du Sud à interdire les sacs plastiques

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Publié le 02/08/2018 à 15:22 - Mise à jour le 02/08/2018 à 15:22
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“Je voulais partager ma joie avec vous : à compter d’aujourd’hui, nous promulguons la loi”, a déclaré vendredi le président de droite Sebastian Piñera lors d’une cérémonie à Santiago, avant de donner des sacs en toile au public.
Le texte interdit la distribution de sacs en plastique, sauf ceux servant à emballer des aliments “pour des raisons hygiéniques ou (…) pour éviter le gâchis de nourriture”, selon le Journal officiel.

La loi donne six mois à compter de vendredi aux grandes entreprises et deux ans aux petits commerces pour mettre en application cette interdiction totale. 
Passé ces délais, une amende de 370 dollars par sac plastique remis aux clients est prévue en cas d’infraction. 
Dans l’intervalle, “les commerces peuvent remettre un maximum de deux sacs plastiques aux consommateurs à chaque achat”, précise le texte.

> Une révolution culturelle

“Nous sommes très heureux de faire un pas dans la bonne direction. Ce que nous proposons est simple : nous voulons changer le mode de vie des Chiliens. Nous voulons passer de la culture du jetable à celle du durable”, a ajouté le chef de l’Etat. 
Au Chili, où seulement 4% des 17,5 millions d’habitants recyclent leurs déchets, se passer de sacs plastiques est une véritable révolution culturelle. On estime que les Chiliens utilisent 3,4 milliards de sacs par an, dont au moins 90% finissent dans des décharges. Ou dans la mer.

“Je me tire moi-même les oreilles, nous devons tous participer à la protection de l’environnement”, se reproche Marcos Santibañez, client d’un supermarché de la capitale, devant son chariot rempli de sacs pleins de produits.

Pendant l’hiver austral, le littoral chilien, qui s’étend sur plus de 4 000 km, n’est fréquenté par personne… sinon par les déchets. On peut les voir croupir le long des plages du centre du pays. Dans les eaux gelées du Pacifique, les sacs plastiques s’accumulent, en profondeur et en surface, formant d’immenses îles.

“Près des côtes, entre le Chili et le Pérou, il y a des îles de pastique de la taille du Mexique (près de deux millions de km2)”, souligne à l’AFP Marcela Cubillos, ministre de l’environnement du Chili.
“Non seulement la quantité est problématique, mais surtout la durée, puisqu’ils (les sacs) peuvent rester dans la nature jusqu’à 400 ans sans se dégrader. Alors que leur utilité dans la vie quotidienne ne dépasse pas les trente minutes”, ajoute-t-elle.

> 93 tonnes d’ordures récoltés sur 218 km de plages

En 2016, un programme de nettoyage initié par le gouvernement avait permis de ramasser 93 tonnes d’ordures sur 218 km de plages. 90% de ces résidus étaient du plastique.
Le Chili rejoint ainsi la soixantaine de pays qui ont pris des mesures pour réduire leur consommation de sacs à usage unique. Lors de la journée mondiale de l’environnement, le 5 juin, dix pays d’Amérique du Sud et des Caraïbes ont annoncé des initiatives visant à limiter leur utilisation. 

C’est la petite île des Caraïbes d’Antigua-et-Barbuda qui, dès 2016, avait montré l’exemple en devenant le premier pays du continent américain à interdire les sacs plastiques. La Colombie avait suivi en limitant son interdiction aux sacs de petite taille et en faisant payer pour les plus grands. En Amérique centrale, le Panama a adopté début 2018 une loi interdisant les sacs plastiques.

> Des chiffres qui donnent le tournis 

En Europe, fin mai, la Commission européenne est allée plus loin en proposant l’interdiction des cotons-tiges, couverts, assiettes, pailles, mélangeurs de cocktails et tiges de ballons en plastique, qui devront être fabriqués en matériaux plus durables.
En France, les sacs plastiques à usage unique sont interdits en caisse depuis juillet 2016 et les sacs fins non compostables, hors caisse (comme les sacs de fruits et légumes), depuis janvier 2017.

Les chiffres donnent le tournis : on estime qu’environ 5 000 milliards de sacs en plastique sont consommés dans le monde chaque année, soit presque 10 millions par minute, selon le rapport publié par l’ONU début juin qui pointe un défi d’une ampleur “décourageante”. “S’ils étaient attachés ensemble, ils pourraient entourer la planète sept fois toutes les heures”, avance le rapport.
 

Avec AFP

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