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L’Australie investit dans la protection de la Grande barrière de corail

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L'Australie a dévoilé vendredi un programme de 700 millions de dollars pour protéger la Grande barrière de corail, fortement détériorée par le changement climatique, dans l'espoir d'éviter que cet écosystème unique ne soit retiré de la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, mais des ONG environnementalistes restent sceptiques.

Publié le 28/01/2022 à 9:30 - Mise à jour le 28/01/2022 à 9:31
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L'Australie a dévoilé vendredi un programme de 700 millions de dollars pour protéger la Grande barrière de corail, fortement détériorée par le changement climatique, dans l'espoir d'éviter que cet écosystème unique ne soit retiré de la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, mais des ONG environnementalistes restent sceptiques.

Le Premier ministre Scott Morrison a annoncé ce plan d’un milliard de dollars australiens (environ 75 milliards de Fcfp) sur neuf ans, quelques mois après avoir évité de justesse que le plus vaste ensemble corallien du monde ne soit inscrit sur la liste des sites en péril par l’Unesco.

“Nous soutenons la santé du récif et l’avenir économique des opérateurs touristiques, des prestataires hôteliers et des communautés du Queensland qui sont au cœur de l’économie du récif”, a déclaré M. Morrison.

Cette décision intervient avant les élections législatives de mai, au cours desquelles Scott Morrison devra remporter les sièges clés du Queensland situés près du récif pour rester au pouvoir.

L’Unesco, dans une réaction envoyée à l’AFP, a salué la décision de Camberra, tout en confirmant qu’elle enverrait “rapidement” une mission d’experts dans les eaux australiennes pour “fournir une évaluation actualisée et indépendante de la situation”.

“Il est essentiel de souligner que cette évaluation sera basée sur des faits scientifiques et qu’elle ne doit pas faire l’objet d’une instrumentalisation politique”, a souligné l’agence onusienne.

Si les résultats de la mission, qui doivent être présentés en juin 2022 au Comité du patrimoine mondial, s’avéraient négatifs, la Grande barrière pourrait rejoindre la liste des sites en péril, fait comprendre l’Unesco.  

En 2015 déjà, lorsque l’ONU avait menacé de rétrograder le statut de la Grande barrière, inscrite au patrimoine mondial depuis 1981, l’Australie avait lancé un plan d’investissement de plusieurs milliards de dollars pour lutter contre la détérioration du récif.

Mais depuis, l’ensemble a durement souffert après trois épisodes très graves de blanchissement des coraux, en 2016, 2017 et 2020.

Ce phénomène de dépérissement, qui se traduit par une décoloration, est provoqué par la hausse de la température de l’eau -conséquence du réchauffement climatique – qui entraîne l’expulsion des algues symbiotiques donnant au corail sa couleur vive.

“Un sparadrap”

Selon une étude récente, le blanchissement a touché 98% de la Grande barrière de corail australienne depuis 1998, épargnant seulement une infirme partie du récif.

Le gouvernement conservateur australien a jusqu’ici refusé d’établir un objectif de réduction des émissions à court terme et s’est engagé à rester l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz et de charbon.

Les Australiens sont pourtant majoritairement favorables à des actions visant à limiter le changement climatique, après avoir subi une série de catastrophes aggravées par le réchauffement, des feux de brousse aux sécheresses et aux inondations.

Selon un sondage réalisé en 2021 par l’Institut Lowy de Sydney, 60% des Australiens estiment que “le réchauffement climatique est un problème grave et urgent”.

Et pas moins de huit Australiens sur dix soutiennent l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Mais l’économie repose encore grandement sur les énergies fossiles et les partis politiques reçoivent des financements significatifs de donateurs liés aux industries du charbon et du gaz.

Pour l’ONG Climate Council, le nouveau plan d’investissements est “un sparadrap sur une jambe de bois”.

“Sauf à réduire fortement les émissions dans les dix prochaines années, la situation de la barrière n’ira qu’en se dégradant”, explique Lesley Hughes, un de ses membres, professeur de biologie à l’Université Macquarie.

Selon lui, “distribuer de l’argent pour la Grande barrière de corail d’une main, tout en finançant l’industrie même, celle des énergies fossiles, qui est à l’origine de conséquences climatiques dévastatrices, comme les vagues de chaleur marines et le blanchissement des coraux, signifie qu’ils aggravent le problème même qu’ils prétendent vouloir résoudre.”

Une grande partie du nouveau plan d’investissements du gouvernement sera consacrée à la prévention de la pollution des récifs par les eaux de ruissellement agricoles.

Environ un quart des fonds sera affecté à l’autorité du parc marin de la Grande Barrière de Corail “pour réduire les menaces que représentent les étoiles de mer acanthaster”, qui se nourrissent de coraux.