La Nouvelle-Calédonie, nouvelle zone de tension entre la France et l’Azerbaïdjan

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Des drapeaux azerbaïdjanais dans des cortèges à Nouméa, un groupe lié à Bakou soutenant les indépendantistes... La Nouvelle-Calédonie, en proie à des émeutes, devient une nouvelle zone de tension entre France et Azerbaïdjan.

Publié le 16/05/2024 à 9:59 - Mise à jour le 16/05/2024 à 10:50

Des drapeaux azerbaïdjanais dans des cortèges à Nouméa, un groupe lié à Bakou soutenant les indépendantistes... La Nouvelle-Calédonie, en proie à des émeutes, devient une nouvelle zone de tension entre France et Azerbaïdjan.

Au terme d’une troisième nuit de violences dans le territoire français du Pacifique-Sud, Paris a accusé jeudi Bakou d’ingérence, ce que l’Azerbaïdjan a aussitôt dénoncé.

Mercredi, dans un reportage sur TF1, certains indépendantistes de l’archipel arboraient des t-shirt floqués de la bannière azerbaïdjanaise. Un signe de l’apparente influence du pays, pourtant très éloigné du « Caillou » . En mars, des médias azerbaïdjanais montraient des manifestants néo-calédoniens tenant des photos du président azerbaïdjanais Ilham Aliev à Nouméa. 

Alors que les relations sont mauvaises entre la France et l’Azerbaïdjan, en raison du soutien de Paris à l’Arménie dans son conflit territorial avec Bakou dans le Haut-Karabakh, la Nouvelle-Calédonie s’annonce comme une nouvelle zone de turbulence bilatérale. 

Interrogé jeudi sur d’éventuelles ingérences étrangères en Nouvelle-Calédonie, le ministre français de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a pointé Bakou du doigt. « L’Azerbaïdjan, ce n’est pas un fantasme, c’est une réalité » , a-t-il déclaré sur France 2, regrettant « qu’une partie des indépendantistes aient fait un deal » avec ce pays. Mais la France, malgré « les tentatives d’ingérences » , reste « souveraine chez elle » .

Mémorandum

« Nous démentons tout lien entre les leaders de la lutte pour la liberté calédonienne et l’Azerbaïdjan » , a répondu Bakou, fustigeant des « déclarations insultantes » , « infondées » et « une campagne de calomnie » . L’ex-colonie française, devenue territoire de la République en 1946, est secouée par de violentes émeutes qui ont fait cinq morts, dont deux gendarmes, et des centaines de blessés.

Paris a instauré l’état d’urgence, déployé l’armée et interdit le réseau social TikTok, dont la maison mère est chinoise, largement utilisé par les émeutiers.

Les interrogations de Paris sur l’influence de l’Azerbaïdjan en Nouvelle-Calédonie datent de plusieurs mois, mais n’avaient jusqu’ici pas été rendues publiques. Elles ont été renforcées depuis la signature en avril d’un mémorandum de coopération entre le Congrès de Nouvelle-Calédonie et l’Assemblée nationale azerbaïdjanaise.

« Il y a des liens établis, documentés depuis plusieurs mois entre des élus indépendantistes et les autorités azerbaïdjanaises », affirme à l’AFP Bastien Vandendyck, spécialiste de la Nouvelle–Calédonie. Depuis Caracas, où le président de l’Assemblée de la Polynésie française Tony Géros s’est également rendu pour assister au Comité spécial onusien de la décolonisation (C-24), M. Vandendyck affirme que « pour la première fois depuis la création du C-24, l’Azerbaïdjan est venu y siéger » .

Le C-24 considère encore la Nouvelle-Calédonie comme l’un des 17 « territoires non autonomes dans le monde » , « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement par elles-mêmes » . La république du Caucase pousse aussi le mouvement indépendantiste kanak via le Groupe d’initiative de Bakou (GIB), un groupe de réflexion et d’influence qui entend notamment « soutenir le combat contre le colonialisme et le néo-colonialisme » .

Ce groupe est né en juillet 2023 à Bakou, lors d’une conférence avec les indépendantistes des territoires français de Martinique, Guyane, Nouvelle-Calédonie et Polynésie.

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