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Indopacifique : la France comme puissance d’initiatives dans la région, selon une étude de la Fondation pour la recherche stratégique

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Alors que le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin revient de Nouvelle-Calédonie après sept jours passés sur le territoire pour renouer le dialogue entre toutes les parties, une note de la Fondation pour la recherche stratégique a fait le point sur l’engagement de la France dans une région soumise à des tensions et à des ambitions multiples, les partenariats à développer, et la capacité à multiplier les initiatives à travers une stratégie européenne. Analyse de nos partenaires d'Outremers360°.

Publié le 05/12/2022 à 17:04 - Mise à jour le 07/12/2022 à 8:22
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Alors que le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin revient de Nouvelle-Calédonie après sept jours passés sur le territoire pour renouer le dialogue entre toutes les parties, une note de la Fondation pour la recherche stratégique a fait le point sur l’engagement de la France dans une région soumise à des tensions et à des ambitions multiples, les partenariats à développer, et la capacité à multiplier les initiatives à travers une stratégie européenne. Analyse de nos partenaires d'Outremers360°.

Selon Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, qui a rédigé la note, « la France se distingue des autres États membres de l’UE dans la région indopacifique parce qu’elle y a des intérêts souverains et qu’elle est un pays indopacifique à part entière : 7 des 13 départements, régions et collectivités d’Outre-mer français sont situés dans l’océan Indien (La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises) ou dans l’océan Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna et Clipperton) ».

L’auteur rappelle que la France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) du monde (10,2 millions de km²) et que plus de 90% de cette ZEE sont situés dans l’Indopacifique, dont environ 60% dans le Pacifique. En juillet 2021, une stratégie gouvernementale a été publiée. « L’approche française est depuis lors structurée en quatre « piliers », reflétant la diversité des défis de l’Indopacifique : sécurité et défense ; économie et connectivité ; multilatéralisme et État de droit ; changement climatique, biodiversité et gestion durable des océans », souligne l’étude.

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La note tient à préciser que cette stratégie n’est pas dirigée contre la Chine et que les défis dans la région indopacifique ne doivent pas être abordés sous le seul angle de la confrontation, l’objectif étant « de répondre aux aspirations de la plupart des pays de la région qui ne veulent pas être enfermés dans un choix binaire ». Cependant la France maintient des capacités de projection militaire de l’Hexagone vers le Pacifique Sud pour défendre ses territoires, et l’a déjà démontré avec des opérations de déploiements vers La Réunion (mission SHIKRA en février 2022) et la Nouvelle-Calédonie (mission Henri Brown en août 2022).

En ce qui concerne un autre acteur important de la zone, l’Australie, cette dernière n’est plus considérée par la France « comme un partenaire stratégique depuis la rupture de confiance de septembre 2021 » (affaire de la rupture de contrat pour l’achat de douze sous-marins français, ndlr). Toutefois, écrit l’auteur, le changement d’équipe gouvernementale à Canberra et à Paris a facilité la reprise du dialogue. « La publication d’une feuille de route bilatérale avant la fin de l’année devrait permettre de reconstruire une relation sur des fondements plus sains et plus durables. Dans ce contexte, l’organisation d’un sommet à Nouméa entre les deux dirigeants serait sans précédent et servirait les agendas français et australien, tout en promouvant les territoires français dans l’Indopacifique. »

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« Dans l’Indopacifique, la France entend jouer le rôle d’une puissance d’initiatives, c’est-à-dire une puissance proactive et responsable qui cherche à apporter des solutions concrètes aux désordres du monde par une approche multilatérale », relève le document. Exemples, de nouveaux formats de coopération tels que le dialogue trilatéral France-Inde-Australie initié en 2020, et celui France-Inde-EAU élaboré avec des ambitions affichées en matière de sécurité et de défense, de climat, de technologies et d’échanges humains. « Si ces deux dialogues trilatéraux couvrent principalement l’océan Indien, la question pourrait se poser d’un dialogue trilatéral France-Japon-Australie axé sur l’océan Pacifique et sur des questions telles que le changement climatique, la pêche illégale, les chaînes d’approvisionnement et l’accès aux matériaux critiques », suggère Antoine Bondaz.

Au niveau européen, l’auteur pose la question de la crédibilité des orientations du vieux continent, qui apparaît ne pas offrir une alternative concrète aux initiatives chinoises. « Orienter la stratégie de Bruxelles dans la région est et restera un objectif crucial pour Paris », affirme-t-il. Ainsi, face au réarmement naval massif dans la zone, son étude propose l’intégration des soldats des différents États membres de l’Union dans les déploiements militaires français ou directement sur les bases françaises en Indopacifique, ce qui permettrait de renforcer une dimension européenne, « qui restera malheureusement très limitée sur le plan capacitaire », déplore Antoine Bondaz.