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“Immense chagrin” du pape après le rapport qui accable l’Église de France sur la pédocriminalité

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Le pape François a exprimé mardi son "immense chagrin" face à l'"effroyable réalité" dévoilée par la commission indépendante sur les violences sexuelles au sein de l’Église catholique de France depuis 1950.

Publié le 05/10/2021 à 15:32 - Mise à jour le 06/10/2021 à 10:05
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Le pape François a exprimé mardi son "immense chagrin" face à l'"effroyable réalité" dévoilée par la commission indépendante sur les violences sexuelles au sein de l’Église catholique de France depuis 1950.

Les pensées du souverain pontife “se tournent en premier lieu vers les victimes, avec un immense chagrin pour leurs blessures et gratitude pour leur courage de dénoncer”, a déclaré le porte-parole du Vatican Matteo Bruni. “Elles se tournent aussi vers l’Église de France afin que, ayant pris conscience de cette effroyable réalité (…), elle puisse entreprendre la voie de la rédemption”. 

L’état des lieux dressé par le rapport est d’abord “accablant”: il estime à quelque 216 000 le nombre de mineurs victimes de prêtres, diacres et religieux depuis 1950.

“Il y a eu surtout un ensemble de négligences, de défaillances, le silence, une couverture institutionnelle qui ont présenté un caractère systémique”, a indiqué le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) Jean-Marc Sauvé. 

Le nombre de mineurs victimes grimpe même à 330 000 si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), a-t-il précisé.

“L’Église n’a pas su voir, n’a pas su entendre, n’a pas sur capter les signaux faibles, n’a pas su prendre les mesures rigoureuses qui s’imposaient”, a poursuivi M. Sauvé, l’appelant à reconnaître sans détour sa “responsabilité”.

Après avoir reçu en main propre le rapport, fruit de deux ans et demi de travaux,le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a exprimé “sa honte”, “son effroi”. 

“Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun”, la voix des victimes “nous bouleverse, leur nombre nous accable”, a-t-il ajouté.

Véronique Margron, la présidente de la Corref (instituts et ordres religieux) a évoqué de son côté “un désastre”: “que dire, sinon éprouver (…) une honte charnelle, une honte absolue”.

“Indifférence profonde, cruelle”

Face à eux, M. Sauvé a asséné que l’Église catholique avait manifesté “jusqu’au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle, à l’égard des victimes” de pédocriminalité. De 1950 aux années 2000, “les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu’elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé”, a-t-il insisté.

“C’est historique car on ne pourra plus nous dire qu’on salit l’Église, qu’il faut tourner la page”, a ensuite confié à l’AFP une victime, Véronique Garnier.

En préambule à la publication du rapport, François Devaux, figure de la libération de la parole de ces victimes, avait appelé les évêques de France à “payer pour tous ces crimes”, en ne mâchant pas ses mots face aux membres du clergé réunis.

“La tâche est abyssale”, a-t-il prévenu, appelant à un concile “Vatican III””.

“Je sais que c’est de l’enfer que vous revenez”, a lancé à la commission M. Devaux, cofondateur d’une association créée en 2015 à Lyon par des victimes d’un aumônier scout, Bernard Preynat, et dissoute en mars. Leur combat avait été raconté en 2019 par le film “Grâce à Dieu” de François Ozon. 

A Lyon, le recteur de Fourvière Yves Guerpillon, sollicité par des journalistes à la sortie de la messe, a évoqué la “résonance particulière” de ce phénomène dans cette ville, “parce qu’on y est sensibilisé depuis longtemps” avec l’affaire Preynat. Il assimile ce mardi à “un jour de deuil, de tristesse, de souffrance en pensant à ces victimes, à tous ces enfants dont la vie a été brisée”.

Réparations financières

Les garçons “représentent près de 80% des victimes, avec une très forte concentration entre 10 et 13 ans”, a relevé M. Sauvé. 

Il avait auparavant révélé une “estimation minimale” du nombre de prédateurs : “2 900 à 3 200” hommes – prêtres ou religieux – entre 1950 et 2020.

Selon le rapport, 1,16% des personnes en lien avec l’Église catholique ont subi des agressions sexuelles de diverses natures. Un taux de prévalence bien supérieur à celui de 0,34% concernant l’école publique (hors internats).

Pour mener à bien son enquête, la Ciase avait fait de la parole des victimes “la matrice de son travail”, a rappelé M. Sauvé, avec un appel à témoignages pendant dix-sept mois et quelque 250 entretiens. 

Elle a aussi effectué une plongée dans de nombreuses archives, de l’Église, des ministères de la Justice et de l’Intérieur, et de la presse…

La Commission a énuméré 45 propositions dans plusieurs domaines: écoute des victimes, prévention, formation des prêtres et des religieux, transformation de la gouvernance de l’Église… 

Surtout, M. Sauvé a appelé l’institution à apporter une “réparation” financière à toutes les victimes de violences sexuelles en son sein, “en fonction des préjudices subis”. Il a souhaité que cette indemnisation ne soit pas considérée comme “un don” mais comme “un dû”. 

À cette fin, la Ciase recommande que les indemnités versées aux victimes soient financées “à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Église de France”.  

Les premières mesures de la Conférence des évêques de France et de la Corref seront annoncées en novembre, quand elles se réuniront en assemblées plénières.

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