mardi 15 juin 2021
A VOIR

|

Crise aux Samoa: la Première ministre élue « investie » lors d’une cérémonie improvisée

Publié le

Fiame Naomi Mata'afa, première femme en passe de prendre la tête du gouvernement samoan, a été "investie" lundi en tant que Première ministre lors d'une cérémonie improvisée dans les jardins du Parlement, dont les portes avaient été fermées par le pouvoir sortant.

Publié le 24/05/2021 à 9:54 - Mise à jour le 24/05/2021 à 9:54
Lecture 2 minutes

Fiame Naomi Mata'afa, première femme en passe de prendre la tête du gouvernement samoan, a été "investie" lundi en tant que Première ministre lors d'une cérémonie improvisée dans les jardins du Parlement, dont les portes avaient été fermées par le pouvoir sortant.

Cette « prestation de serment », qui risque d’être contestée en justice, risque d’aggraver un peu plus la crise politique apparue dans l’archipel après les élections très serrées du 9 avril.

Au pouvoir depuis 22 ans, le Premier ministre Tuilaepa Sailele Malielegaoi a perdu le scrutin mais s’est à ce stade refusé à céder le pouvoir, au point que certains crient au coup d’Etat.

La Nouvelle-Zélande et l’Australie ont lancé un appel au calme et enjoint l’archipel du Pacifique à respecter l’Etat de droit.

Accompagnée de juges chargés d’assister à sa prestation de serment pour devenir la première femme Premier ministre, Mme Mata’afa, 64 ans, s’était vue refuser lundi l’entrée dans la chambre de l’assemblée législative.

Le Secrétaire de l’assemblée législative était sorti pour s’excuser, affirmant que, sur ordre du chef de l’Etat Tuimalealiifano Vaaletoa Sualauvi, il ne pouvait pas permettre au Parlement de siéger.

Tenues à l’extérieur de la chambre, Mme Mata’afa et sa délégation parlementaire sont restées des heures sous un large chapiteau dans les jardins, tandis que leurs partisans du parti FAST scandaient des slogans.

Les élus ont finalement prêté serment un à un lors d’une cérémonie qui, en dépit de son lieu insolite, avait tout d’une investiture officielle. Sa légalité a d’emblée été contestée par les opposants de la Première ministre élue.

« La mafia »

Les vivas les plus forts se sont élevés quand Mme Mata’afa a levé la main à la lumière du soleil descendant.

« La démocratie doit toujours l’emporter. Il ne peut y avoir d’exception à ce principe fondamental », a indiqué son parti dans un communiqué. « Ceux qui prétendent le contraire et agissent en conséquence jouent avec le feu ».

Après la « cérémonie », M. Malielegaoi a continué de se présenter comme le Premier ministre légitime, alors même que la Cour suprême avait jugé dimanche « illégale » la décision du chef de l’Etat de suspendre le Parlement.

D’où le risque que le bras de fer politique et juridique ne se prolonge.

« J’ai été choqué, aucun d’entre eux, et pas même les ministres du culte qui étaient là, n’ont eu le cran de leur dire que c’est illégal », a déclaré M. Malielegaoi.

« Je ne pensais pas que nous avions ce genre de personne aux Samoa. Je pensais que la mafia n’existait qu’en Italie ».

Les Samoa sont devenues indépendantes en 1962, après près d’un demi-siècle sous le statut de protectorat néo-zélandais. A l’exception d’une courte période en coalition en 1986-1987, le Parti pour la protection des droits de l’homme (HRPP) de Tuilaepa Sailele Malielegaoi préside aux destinées du pays depuis 1982.

Mme Mata’afa est la fille du premier Premier ministre samoan, décédé en 1975. Elle passe pour une pionnière de la cause des femmes dans l’archipel très conservateur et très religieux, majoritairement protestant.

Elle appartenait auparavant au HRPP et fut même l’adjointe de M. Malielegaoi jusqu’à ce qu’elle se brouille avec ce dernier en raison de divergences politiques.

Elle est largement reconnue à l’étranger comme une voix dans le combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes, et comme une militante engagée contre le réchauffement climatique.

« C’est une prise illégale du gouvernement, c’est ce que sont les coups d’Etat », a dénoncé dimanche Mme Mata’afa au média néo-zélandais Newshub.

infos coronavirus