CULTURE

"Une même vague jusqu'à nous", ou le roman des Marquises


Mercredi 14 Décembre 2016 à 13:38 | Lu 1092 fois

LITTERATURE - James Poirier, qui a vécu aux Marquises de 1965 à 1967, vient de sortir un ouvrage aux éditions de l'Harmattan, intitulé "Une même vague jusqu'à nous". Ce roman historique se déroule principalement aux îles Marquises entre 1838 et 1967, et aussi en partie à Tahiti. Il dédie son œuvre "Aux îles Marquises, aux femmes et aux hommes de Hapatoni, île de Tahuata".


Crédit photo: DR
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L'Océanie et le temps sont au cœur de ce roman dont l'histoire commence au dix-neuvième siècle. Avant de croiser leurs destins, tous les personnages naviguent vers une même destination: les îles Marquises. Cet archipel va entrer dans la vie de Perrot comme une enfance nouvelle, comme un amour premier.

Fresque vivante et documentée, prisme poétique d’un archipel méconnu, dires et élans d’hommes et de femmes jeunes, ce récit donne la parole à ceux qui l’ont eue – officiers de marine, soldats, missionnaires, représentants de l’État – et aussi à ceux qui ne l’ont pas eue : Iotété, Temoana, Pakoko, seigneurs, héros vaincus, autrefois aux prises avec l’âpreté du siècle de la métamorphose.

Unité et puissance du lieu, force de la langue, densité des personnages, poids de l’Histoire, héritages immémoriaux, soulèvent une même vague jusqu’à nous, d’une époque à l’autre, d’une civilisation à l’autre. Le livre est disponible aux éditions de l'Harmattan.

Extrait:

Depuis la veille, les combattants enata  sont tapu : ils ont cessé tout travail autre que guerrier, aboli toute relation avec les femmes, renoncé à la prise de boisson stimulante de type alcool ou kava. Ils ajustent minutieusement leurs parures de combat : colliers de dents de cachalot,takihei'ei , bracelets de cheveux aux poignets et aux chevilles , titi ouoho , coiffes de plumes, plaques de bois blanchi aux oreilles, kouhau , et pour les plus rudes, crâne d’ennemi suspendu à la ceinture avec à l’intérieur, de petits cailloux tintant comme grelot.

Dans la nuit, ils ont consulté les oracles des prêtres païens, reçu la bénédiction chantée des tuhuna o'o  qui ont entonné le kouaka, litanie réputée protéger des coups mortels. Une dernière fois, avant l’aube, les guerroyeurs réunis par section de combat ont psalmodié le pukotoua, sorte de prière appelant à la déroute de l’ennemi. De loin, et surtout sans les voir,

ils ont reçu au petit jour l’encouragement final des choeurs de femmes : Toa kai hau ! Toa kai hau ! Les voici prêts. À la montagne, un peuple-nation ne faisant qu’un avec ses soldats, présent au monde, légataire du Temps. Au rivage, un État caché, centrifugeur de forces contraintes, avec, pardessus la peur répandue, une constante exsudation d’absurdité. Sur les hauteurs, des partisans ; à la côte, des conscrits. Ici, la puissance d’être soi ; là, une durable force d’obéissance. Ici, maîtrise de l’instant ; là, contrôle du temps historique.








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