SOCIÉTÉ

Suicide: en parler diminue le risque de passage à l'acte


Jeudi 10 Mai 2018 à 10:04 | Lu 529 fois

PAPEETE - Il provoque autant de mort que les accidents de la route : le suicide. Il sera au cœur des préoccupations vendredi à l’occasion d’une journée de santé mentale qui se tiendra au CHPF. Cette journée, organisée par l’association SOS Suicide, réunira des bénévoles mais aussi plusieurs médecins psychiatres venus de métropole pour partager leurs expériences.


Crédit photo: DR
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Cette journée sera l’occasion de définir les bonnes pratiques en matière de prévention mais aussi de prise en charge des personnes suicidaires et de leur entourage. Autant de conseils qui pourront être pris en compte dans le plan de santé mentale qui est en ce moment en train d’être rédigé par le Pays. Car en Polynésie, tout reste à faire ou presque, en matière de prévention et de prise en charge du suicide. Le taote Stéphane Amadeo, président de l’association SOS Suicide, fait le point sur la différence de traitement entre la métropole et la Polynésie.

"Le taux de personnes qui ont des idées de suicide ou qui ont fait des tentatives est de 20% en Polynésie, alors qu'en métropole, il est de 10%." constate le docteur Stéphane Amadeo indiquant qu'en France la moyenne nationale est de 23 psychiatres pour 100 000 habitants, alors qu'en Polynésie, les psychiatres sont au nombre de quinze pour 280 000 habitants.

 "Après, il y a très peu de psychiatres libéraux, il n'y pas d'offres de soins ni d'hospitalisation en clinique, donc on a 65 lits qui sont full. Ceci montre la difficulté que l'on a à gérer les urgences psychiatriques lorsque l'on a pas suffisamment de place pour les recevoir, ou de moyens pour bien, les suivre, une fois que les patients sont sortis."

Le psychiatre Pierre Thomas du centre hospitalier de Lille, spécialiste de la prévention du suicide  est l'un des intervenants de la journée, et estime qu'il y a beaucoup à faire dans ce domaine, tant en France qu'en Polynésie.
"Il y a une mobilisation depuis les années 90 sur la prévention du suicide et un rapport récent montre que ces stratégies de prévention, n'ont pas été efficaces."

Pour le spécialiste, il n'y a pas eu de diminution de la mortalité du suicide, qui reste à 10 000 morts par an en métropole, alors que les accidents de la route ont diminué, passant de 10 000 à 3 000 grâce aux méthodes de prévention. "Ce qu'il faut savoir c'est que le suicide fait partie des décès qui peuvent être évités et l'on est tous concernés." Il existe cependant des stratégies qui ont fait leurs preuves et qui seront mises en place, car l'objectif est clair, diminuer de 20% sur les quatre prochaines années, la mortalité par suicide.

"On a plusieurs pistes, comme le suivi des personnes qui ont fait une tentative de suicide, car c'est cette population qui est la plus vulnérable." Maintenir le lien, soit par SMS, courriels, coup de fil et cette procédure, selon le docteur, est " une méthode qui a montré son efficacité et qui devrait être déployée dans les deux ans qui viennent sur l'ensemble du territoire."
 
En Polynésie, le docteur Amadéo a instauré ce processus avec un numéro SOS suicide (444 767) où outre un suivi, des soins sont proposés. Quant à savoir ce qu'est une bonne campagne de prévention: "La première chose est de lutter contre les idées reçues, telles que l'on ne peut rien faire, d'autant que la contagion suicidaire est un fait avéré qui se diffuse par les réseaux sociaux, mais aussi par les médias."

Et de citer le suicide de stars que parfois les médias ont tendance à rendre glamour. "Il faut bien évidemment en parler, mais d'expliquer que si cette personne s'est donnée la mort, c'est qu'il souffrait, qu'il était isolé, et qu'il existe des ressources  pour ne pas arriver à cette extrémité."

En discuter, même si cela ne semble pas évident, il faut dialoguer avec  la personne susceptible de passer à l'acte. "On a toujours peur d'en parler, y compris les médecins, pensant que l'on risque de provoquer l'acte, alors que rien que le fait d'en parler va en diminuer le risque."

La journée de santé mentale, aura lieu ce vendredi dans l’amphithéâtre du 2ème étage de l’hôpital de Taaone, entre 7h30 et 17h, et qu’elle est ouverte à tous gratuitement. Pour rappel, si vous avez besoin d’aide, vous pouvez contacter le 444 767, un numéro gratuit et disponible 24h/24.
 
Rédaction web avec Sophie Guébel et Tamara Sentis







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