SOCIÉTÉ

Pour la CTC, la politique agricole du Pays ne porte toujours pas ses fruits


Mercredi 8 Novembre 2017 à 08:24 | Lu 776 fois

AGRICULTURE – La Chambre Territoriale des Comptes vient d’achever un rapport d’observation définitif relatif à la politique agricole menée par le Pays de 2010 à aujourd’hui. Dans ce document de plus de 80 pages que TNTV s’est procuré, les magistrats financiers se montrent critiques à l’égard d‘un programme agricole qui se veut "davantage un catalogue d’actions qu’une planification des priorités".


Bien que le Pays se soit doté d’une "cadre programmatique 2011-2020 " en matière d’agriculture, celui-ci a connu des retards en raison de l’instabilité politique "qui a caractérisé la période et par la pluralité des objectifs poursuivis par le programme agricole 2011-2020, qui en font davantage un catalogue d’actions qu’une planification des priorités".

"De manière générale, la programmation 2011-2020, tout comme les dispositifs d’aides, sont dépourvus de toute démarche évaluative ", regrette la CTC.

Les statistiques agricoles montrent "que la production, principalement tournée vers l’autosubsistance, s’avère en repli, alors que le niveau des importations est passé de 38 milliards de francs à 44,7 milliards entre 2010 et 2015 ".
 
Et si la "hausse des exportations entre 2014 et 2015 est portée par l’augmentation de la production de coprah", elle "masque le repli des productions qui ont traditionnellement soutenu les exportations agricoles, telles que la vanille ou le noni ", constatent les magistrats financiers.
 
La faute, entre autres, aux "handicaps structurels identifiés depuis les années 1990 : le manque de foncier disponible, la faible qualification des agriculteurs et le manque de modernisation des pratiques culturales".
 
La CTC constate que faute de coordination, le "Pays n’a aucune connaissance de ses ressources foncières agricoles (…) alors que le programme foncier est présenté comme l’un des axes prioritaires de sa programmation pour 2011-2020 ".
 
Chaque année le Pays consacre environ 2,3 milliards de francs pour soutenir le secteur. Or, 71% de cette manne est consacré "au soutien des prix du coprah, dont l’objectif est exclusivement social puisqu’il s’agit de garantir des moyens de subsistance aux populations à faible revenu ".

"Si la Polynésie s’est engagée dans la formalisation de ses objectifs en matière de développement agricole, il lui faut désormais les outils indispensables à leur réalisation, dont le Pays apparaît aujourd’hui dépourvu ", conclut la juridiction.

Celle-ci émet comme à l’accoutumée diverses recommandations, des pistes pour changer la donne.
 
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Utilisation de pesticides : des « lacunes » chez les agriculteurs
 
 
La CTC consacre une partie de son rapport à "la maîtrise des pesticides " dans l’agriculture polynésienne dont la réduction de leurs "nuisances sur la santé et l’environnement " est l’un des objectifs que s'est fixé le Pays.
 
Elle constate néanmoins que celui-ci "a relevé des lacunes dans les méthodes employées par les agriculteurs ". «"La fiche ‘produits’ de la filière maraîchère avait ainsi relevé, en 2011, ‘des problèmes techniques notamment dus à la forte pression parasitaire en cultures légumières mais également au manque de technicité d’un grand nombre de producteurs qui conduit notamment certains d’entre eux à une utilisation intensive des engrais et pesticides chimiques avec les risques que cela comporte’".
 
En outre, si les résultats "des campagnes menées depuis 2013 (1 à 2 par an) sur les produits locaux se montrent très satisfaisants, avec des taux de conformité de plus de 97% ", ils « doivent être fortement nuancés par les modalités d’analyse ", tempère la chambre.
 
Car ces analyses "reposent sur le volontariat des agriculteurs, ce qui en limite singulièrement la portée" et celles "non-conformes ne donnent pas systématiquement lieu à de nouveaux prélèvements".
 
Dans ses recommandations la CTC incite de ce fait le Pays "à mettre en œuvre une procédure de contrôle (…) conformément aux règles qu’il a édictées et à son objectif de répondre aux attentes du citoyen et du consommateur ".

Ce rapport devrait être bientôt présenté et débattu à l'Assemblée de la Polynésie française.
 
 
J-B. C.
 
 
 





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