SOCIÉTÉ

Nucléaire : 193 réclame l’ouverture d’une antenne du Civen en Polynésie


Lundi 6 Août 2018 à 18:19 | Lu 937 fois

INDEMNISATIONS - L’association 193 réclame l’ouverture d’une antenne du CIVEN au fenua. Elle dénonce le parcours du combattant auquel sont confrontées les familles qui déposent des dossiers de demande d’indemnisation, même si elle reconnaît des avancées.


Association 193
Association 193
L’association 193 faisait le point, ce lundi matin, sur les dossiers de demande d’indemnisation des familles touchées par les conséquences des essais nucléaires.
Depuis un an et demi, l’association 193 dispose d’une cellule d’accompagnement et de réparation des victimes des essais nucléaires.
Elle a rencontré 170 familles. 75 dossiers ont été déposés. 60 enregistrés par le Comité d’indemnisation des victimes du nucléaire sur cette période.

> Le retrait de la notion de risque négligeable facilite les choses

Au cours des deux derniers mois, 14 dossiers ont été examinés. 8 ont obtenu une décision favorable. L’association reconnaît que le retrait de la notion de risque négligeable de la loi Morin a grandement facilité les choses. "J’ai vu les associations à la télé, et j’ai dit à ma mère que j’allais me renseigner. Je suis tombée malade en 2016, on l’a observé lors d’une mammographie. Ma maman m’a dit de me lancer. Mon papa est décédé d’un cancer à la tête. Il a travaillé à Moruroa. Maintenant, c’est tombé sur moi. Je crois que ce n’est pas par hasard. Ce cancer, il est là, et maintenant, je sais que ça vient du nucléaire. J’ai été soignée ici. J’ai rencontré des amis à moi à l’hôpital. Il y en a beaucoup qui ont le cancer. Je leur dis de faire comme moi, ils ont peur. Ils ont honte. Mais ils sont malades ! Moi je veux qu’ils se réveillent. Moi, je demande réparation. C’est tout. Il n’y a pas que moi qui ait subi. Mon foyer entier a subi ce cancer. J’ai travaillé toute ma vie, je n’ai pas d’argent pour payer des études à mon fils. Je ne peux plus travailler, je n’ai plus rien. Je veux faire valoir mes droits !", clame Marguerite Taumihau. 
"J’ai eu un cancer du sein. J’ai été aidée par une dame qui est dans l’association. C’était pas facile. On a été en contact avec la France, par téléphone, et j’ai été entendue par la Civen, la nuit. Tous les après midi, depuis que j’ai mon cancer, je ne peux plus me déplacer. Je perds l’usage de mes pieds et de mes doigts. Et on nous a convoqué la nuit. Je suis allée à l’association 193 pour parler avec eux. Je leur ai expliqué ma souffrance. Ma vie a été détruite. Je souffre tellement ! Et toute ma famille avec moi. Je pense que ce sera ça jusqu’à la fin de ma vie. Mon dossier a été reconnu favorable mais ça ne me suffira pas pour payer tout ce que j’ai à payer", témoigne aussi Tevahine Fauura.

> Des avis défavorables, pas toujours compris

Mais 6 autres familles ont reçu un avis défavorable de la Civen… et ont parfois du mal à comprendre les avis rendus : "Parmi les dossiers que l’on traite, il y en a deux qui nous ont interpellé particulièrement. Ils concernent deux femmes d’une même famille, qui vivent dans la même maison. Elles ont toutes les deux déclaré une maladie radio-induite. Seule l’une des deux a été indemnisée. La maman, décédée d’un cancer, a été reconnue victime des essais nucléaires. Sa fille, qui habite dans la même maison, on déclare qu’elle n’a pas été iradiée. Elles vivent dans la même maison ! On ne comprend pas ! C’est pas se foutre de la gueule du monde ça ?", lance Yves Conroy, président d'honneur de l'association.  
"On ne comprend pas. La Civen a dit que je n’atteignais pas les seuils, et que je n’avais jamais habité aux Tuamotu Gambiers. Mais les autres qui ont reçu un avis favorable non plus, n’y ont pas habité ! C’est le parcours du combattant. Je fais appel. Ça va prendre une autre dimension, on va prendre un avocat pour que le dossier aille de l’avant. Je ne le fais pas pour l’argent, mais pour qu’on nous reconnaisse vraiment. On m’a refusé le carnet rouge. Je veux que l’on reconnaisse que ce que j’ai est lié aux essais", martèle Nicole Alona dont le dossier a reçu un avis défavorable. 

> Ouvrir une antenne locale du Civen

Le fondateur de l’association réclame l’ouverture d’une antenne locale du Civen : « Nous réclamons depuis longtemps l’ouverture d’une antenne du Civen ici. C’est sur ce terrain que doivent Se passer les choses. Nous avons rencontré des freins, des obstacles, assez importants. On donne la parole, lorsqu’un dossier est instruit, à la famille des ayants-droits. Mais… à 20 000 km, lorsque la personne habite dans les îles et ne peut pas entrer en contact avec le Civen… et c’est à la personne à mettre en place les moyens de communication. Là, on dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Nous avons déjà émis l’idée de créer une visio conférence, et on a une réponse négative, regrette Père Auguste On espère vraiment que dans ces cas d’instructions de dossier, ça puisse se faire ici,et donner la possibilités aux familles d’être représentées. Le Civen se réunit tous les lundis matin vers 10 heures… chez nous, c’est le dimanche 22 heures. Il n’y a pas d’autre moyens. Les gens viennent au local de 193, et défendent leur cas là bas, au téléphone. Lorsqu’on estime que plus de 10 000 personnes, ici, ont développé l’une des 21 maladies… entre 1998 et 2015, on lance un appel :
Si vous remplissez les 3 conditions de la loi Morin, n’ayez pas peur ! "


L’association est active sur plusieurs fronts. Elle envisage de se rendre prochainement à l’ONU, elle interpelle aussi les sénateurs et députés de la commission mixte parlementaire. Enfin, 193 annonce préparer la venue d’Emmanuel Macron au fenua l’an prochain… et envisage de se faire entendre si elle ne se sent pas écoutée dans ses combats. 
 
Rédaction web avec Laure Philiber
 
 

Dans un communiqué, la présidence a tenu à réagir à la conférence de presse de l'association. Pour le gouvernement, 193 se "trompe de cible" : 

A l’occasion d’une conférence de presse tenue ce jour, l’association 193 a dénoncé la Polynésie française comme étant à l’origine de la suppression du point 11 du projet de résolution relatif à la question de la Polynésie française devant l’Assemblée générale de l’ONU. Le point 11 qui figurait dans le précédent projet de résolution traitait des conséquences des essais nucléaires en Polynésie française.
 
La Polynésie française n’est en rien à l’origine de la suppression de ce point et le Comité des 24, dont l’indépendance à notre égard n’est plus à démontrer, est libre de ses choix rédactionnels qui doivent être approuvés par l’Assemblée générale.
 
En fait, 193 semble s’être emballée sans avoir pris connaissance de l’intégralité du projet de résolution, puisque le point 11 supprimé a été transposé dans les mêmes termes au 8ème paragraphe de la deuxième page des considérants.
 
Le gouvernement rappelle qu’à la demande du président Edouard Fritch, la reconnaissance par l’Etat des conséquences sanitaires, environnementales et économiques des essais nucléaires a été inscrite dans l’Accord de l’Elysée, après que le président de la République, François Hollande, l’ait lui-même affirmé devant les Polynésiens en janvier 2016.

 








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