SOCIÉTÉ

Moetai Brotherson s’interroge sur la capacité de l’Etat à « soigner le cœur de Moruroa et Fangataufa »


Mardi 23 Janvier 2018 à 11:49 | Lu 1004 fois

NUCLEAIRE – Ce mardi, le député indépendantiste a posé une question à la ministre des Armées concernant les conséquences sur l’environnement des essais souterrains. L’élu polynésien a interrogé le gouvernement central sur les conséquences d’un possible effondrement de Moruroa.


(Crédit photo : capture d'écran)
(Crédit photo : capture d'écran)
« Dans un récent dessin animé, un dieu farceur vole le cœur d’une île du Pacifique, Te Fiti, conduisant à un désastre dans les îles voisines se propageant sans limite. En 1977, l’Etat a volé le cœur de deux atolls : Moruroa et Fangataufa. Dans le dessin animé, Maui, ramène le cœur et le désastre est évité. Dans le monde post One planet summit, l’Etat français aura-t-il, sinon ramener, du moins soigner le cœur de Moruroa et Fangataufa avant qu’il ne soit trop tard. »

 
C’est par une comparaison avec référence au film de Disney Vaiana que Moetai Brotherson a souhaité alerter l’opinion sur les conséquences environnementales des essais nucléaires en Polynésie.
 
Ce mardi, les députés étaient réunis à l’Assemblée nationale. Lors des questions au gouvernement, le député indépendantiste s’est adressé à la ministre des Armées afin de connaître les dispositions prises par l’Etat par rapport aux atolls de Moruroa et Fangatauga, d’où les 193 essais nucléaires ont été tirés entre 1966 et 1996. Moetai Brotherson a rappelé quelques chiffres lors de son intervention : 

« 15 kilos de plutonium et une grande quantité de déchets radioactifs restent enfouis au cœur de Moruroa encore dangereux pour 500 000 ans. Dès 1979, un bloc de plusieurs millions de mètres cube se détachent. Entre 1980, 1987 1995, plusieurs rapports révèlent des fissures sur plusieurs kilomètres et l’existence de fuites de radioactivité. En 2006, un livre publié par le ministre de la défense constate qu’au moins 41 essais souterrains sur 147 ont produit des fuites radioactives, soit un essai sur trois. »

UN SYSTEME DE SURVEILLANCE DEPUIS 1980

Le député a souligné que « le bon sens » avait conduit à la modernisation du dispositif de surveillance Telsite 2, qui existe depuis 1980, 2015.

« Il devrait pouvoir prédire avec 90 secondes d’avance, l’effondrement de Moruroa. »

Une bonne chose, mais loin d’être suffisante pour le représentant polynésien. Moetai Brotherson regrette que la loi Morin, destinée à permettre l’indemnisation des victimes du nucléaire, ne prenne pas en compte les effets sur l’environnement des différents tirs.

 Dans sa question au gouvernement, il s’est interrogé :

« Peut-être va-t-on me répondre aujourd’hui que [...] rien ne permet de penser ou d’affirmer que Moruroa puisse s’effondrer un jour. Fukushima non plus n’était pas censé se produire. Mais alors, pourquoi créer un tel dispositif ? Oui, pourquoi investir plus de 100 millions d’euros dans un thermomètre si l’on est sûr que la maladie n’arrivera jamais, c’est la question que l’on se pose lorsqu’on voit qu’il n’existe pas de plan de l’Etat pour sauver les habitants de l’atoll de Tureia, atoll le plus proche de Moruroa. »

Moetai Brotherson estime que la surveillance mise en place par l’Etat français reste loin d’être suffisante. Pour le député, l’effondrement de l’atoll de Moruroa est presque inévitable. Il souhaite qu’une nouvelle loi voit le jour.

« Les Polynésiens, nation du Pacifique, sont en droit d’attendre une enquête à ce sujet qui permettra de révéler l’impact environnemental et sanitaire réel de l’effondrement de Moruroa mais surtout, les mesures d’anticipation au-delà de la simple prédiction à 90 secondes. »

UN EFFONDREMENT " PEU PROBABLE "

La question du député n’a pas eu l’effet escompté. La secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, a répondu à Moetai Brotherson.

Elle a rappelé que la France avait toujours mis en place différents dispositifs pour assurer la protection des Polynésiens. Le secrétaire d’Etat a souligné qu’un ralentissement du mouvement géo mécanique de l’atoll avait été constaté depuis la fin des essais mais que la France avait tout de même décidé de poursuivre sa surveillance. Elle a indiqué :

« Malgré tout, pour peu probable qu’il soit, le risque d’un effondrement partiel ou plus important à Moruroa, ne peut être écarté. La France a pris des mesures concrètes pour faire face à cette éventualité, notamment en termes d’infrastructure et d’organisation en cas de risque majeur. »

Geneviève Darrieussecq a martelé que de nombreuses campagnes de prélèvement ont eu lieu sur l’atoll et que ces analyses démontrent « la stabilité voire la décroissance de la radioactivité. » Pour la secrétaire d’Etat, ces résultats sont la preuve qu’il n’y a pas de dissémination de radioactivité dans l’environnement.

Pour Moetai Brotherson , cette réponse reste loin d’être satisfaisante. Le député devrait être de retour prochainement à Tahiti pour rencontrer la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, en visite au fenua. 

Rédaction web 






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