SOCIÉTÉ

Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transexuels... : une lutte de tous les jours


Jeudi 14 Mars 2019 à 09:01

DOSSIER DE LA RÉDACTION - L’année dernière l’Assemblée nationale publiait un rapport faisant état en Outre-mer d’une haine des communautés LGBT plus marquée que dans l’hexagone. Stéréotypes, poids de la famille et des convictions religieuses, ces communautés subissent des discriminations et même des violences au sein de la cellule familiale mais aussi en milieu scolaire.


Shelby a toujours eu le sentiment d’être une fille. Enfant déjà, elle prend conscience qu’elle est différente : "Ça a été plus difficile pour mon grand-père. Pour mon père qui est boxeur, j'étais son premier garçon, l'enfant qu'il a voulu. Il était heureux, mais le souci c'est que j'allais devenir une fille. Il y a eu un petit rejet, mais mon père a très bien accepté par la suite", raconte-t-elle. 
 
Christopher Prenat est aujourd’hui une figure de la mode. Il enchaîne les élections de beauté, ses plus belles créations sont souvent primées. Il habille les plus belles vahine et les plus beaux tane. Si plus jeune il a dû faire face à des moqueries, aujourd’hui, il vit son homosexualité librement et sans complexe.  "J'ai dit à ma mère comme à ma soeur, c'était ma phrase pour faire comprendre aux gens : "Je ne suis pas sûr, mais je pense que je suis attiré par les garçons. Ce n'est pas pareil quand je regarde une fille et quand je regarde un mec." Et là tu sais ce qu'elle me sort ? "Mais tu crois que je suis idiote ou quoi ?". Avec mon père, au restaurant, impossible de manger. C'était tellement tendu. (...) Dans la voiture il a craqué en disant "pourquoi tu me fais ça ?". Vous ne vous rendez pas compte que nous en tant qu'enfants on culpabilise, on a l'impression qu'on a un problème, que ce n'est pas normal, que c'est contre nature."

Un autre garçon témoigne à visage caché. Il nous raconte son parcours, une route jonchée d’obstacles. Mais aujourd’hui sa détermination et son courage sont un exemple pour tous les jeunes qui ne savent pas affronter le regard des autres et surtout les jugements des membres de leurs familles : "J'étais sorti avec mon copain de l'époque. Je le ramène, je me gare en bord de route. A ce moment il y a une autre voiture qui s'arrête et se gare en face de nous. Ma mère sort et vient à mon niveau. Elle me dit : "tu rentres, tu prends tes affaires et tu t'en vas". Pendant 3 ans, je n'ai plus eu de nouvelle d'eux. Il n'y a pas longtemps, mon père m'appelle, il me dit " tu rends ton appart', tu rentres. Ta mère est souffrante, elle est en phase terminale." Aujourd'hui les choses se passent relativement bien. On peut manger ensemble, discuter. On ne se croise plus, on habite ensemble. Je serais resté avec une fille, ça aurait fait plaisir à mes parents, à ma famille. Mais ça m'aurait tué moi et la personne avec qui j'aurai été." 

Karel Luciani, lui, a choisi de se battre pour les autres. Fraîchement élu au poste de président de l’association cousins-cousines. Il passe le plus clair de son temps entouré de ses plantes, dont il affectionne la compagnie. Ce fervent défenseur des droits LGBT milite désormais localement et à l’international, afin que chaque voix soit entendue.
Pour éviter les persécutions homophobes, le rejet… Karel Luciani aimerait que les Polynésiens soient sensibilisés dès l’école primaire.
"On est aussi là pour les parents. (...) Ils ne sont pas armés pour aider leur enfant dans ce contexte. Il y a beaucoup de souffrance et cette souffrance est injuste. On ne choisit pas d'être différent, on né différent. Le gouvernement français a annoncé une campagne au niveau national, de sensibilisation, dans les écoles et collèges français. J'espère que ces actions arriveront jusqu'à la Polynésie."
 
Le rapport relève des formes d’homophobies et de transphobie plus marquées dans l’Outre-mer qu’en métropole. Les rapporteurs notent toutefois qu’il existe une forme d’acceptation en Polynésie où les mahu et les raerae font partie intégrante de la société. Quatre recommandations sont proposées aux différentes collectivités : mieux documenter les LGBTphobies, renforcer les actions de sensibilisation, soutenir le tissu associatif et enfin libérer la parole.

Reportage Hitiura Mervin
 
 






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