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"Gilets jaunes" : après les violences à Paris, l'hypothèse d'un retour de l'état d'urgence


Dimanche 2 Décembre 2018 à 10:07 | Lu 509 fois

MÉTROPOLE - Après les limites montrées par le dispositif policier samedi à Paris, le retour de l'état d'urgence n'est plus "tabou" au ministère de l'Intérieur au moment où sont déjà lancés des appels à une nouvelle mobilisation des "gilets jaunes" dans la capitale française.


(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
La journée de manifestation des "gilets jaunes" samedi à Paris a été marquée "par des violences d'une gravité sans précédent", a estimé dimanche le préfet de police Michel Delpuech. Au total, 412 personnes ont été interpellées, "un niveau jamais atteint dans les dernières décennies", a ajouté Delpuech lors d'une conférence de presse, en déplorant une "violence extrême et inédite" contre les forces de l'ordre avec "des jets de marteaux", de "billes en acier" ou de "gros boulons".

>>> Voir aussi : Vidéos - "Gilets jaunes" : explosion de violences à Paris

Au total "249 feux" ont été recensés par les pompiers, visant "112 véhicules, 130 mobiliers urbains" et "six bâtiments", a-t-il énuméré, précisant que "le recensement complet des dégâts est en cours". Déplorant des "violences délibérées" commises par des personnes "désireuses d'affronter les forces de l'ordre" et "d'en découdre", Delpuech a indiqué que parmi elles se trouvaient "des groupuscules d’extrémistes d'ultra-droite et d'ultra-gauche"

> "Il ne peut y avoir d'impunité"

(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
Mais il y avait aussi "un très grand nombre de manifestants portant un gilet jaune" et qui n'ont pas hésité par "désinhibition" ou un effet d'"entrainement", "à se livrer eux aussi à des violences injustifiables", a-t-il dit. "On ne peut se revendiquer d'un mouvement qui se veut pacifique et venir sur le pavé parisien avec un comportement qui est inacceptable", a-t-il fait valoir.

Présent à ses côtés, le procureur de Paris Rémy Heitz a précisé que "378 personnes" avaient été placées en garde à vue, "dont 33 mineurs". Le parquet "n'a jamais eu à gérer un nombre aussi important de gardés à vue", a-t-il ajouté. Parmi eux se trouvent "beaucoup d'hommes majeurs", âgés "de 30 à 40 ans", "venant souvent de province, insérés socialement" et "venus pour en découdre avec les forces de l'ordre", a-t-il ajouté.  Il y avait aussi "des profils plus jeunes, des Franciliens" qui étaient "plus motivés par une délinquance d'appropriation" et sont "venus profiter des pillages", a aussi affirmé Heitz. "La justice passera" car "il ne peut y avoir d'impunité", a-t-il assuré.

(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
(Crédit photo : Abdulmonam EASSA / AFP)
Du côté du au ministère de l'Intérieur, le retour de l'état d'urgence n'est donc plus "tabou" suite aux limites montrées par le dispositif policier samedi à Paris. Mais la garde des Sceaux a semblé toutefois peu favorable à ce scénario. "Je ne suis pas certaine que nous en soyons arrivés à ce stade et je pense qu'il y a d'autres modes de solutions que le rétablissement de l'état d'urgence", a déclaré Nicole Belloubet lors d'un point de presse dimanche.

Le déploiement policier (49 unités de forces mobiles, 4 600 membres des forces de l'ordre) et la mise en place de vastes périmètres de sécurité pour protéger les institutions et les Champs-Elysées n'ont pas permis d'éviter un samedi noir à Paris, une semaine après les violents débordements du 24 novembre sur la célèbre avenue. Si les "Champs" mis sous cloche par les forces de l'ordre ont permis à 500 manifestants de défiler sans heurts, les violences, barricades, voitures incendiées, pillages de commerces se sont propagés à l'ouest et au centre de la capitale après de premiers heurts au pied de l'Arc de Triomphe, noyé sous un déluge de lacrymogènes.

(Crédit photo : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)
(Crédit photo : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)
Selon une source policière, quelque 14 000 grenades (lacrymogènes et de désencerclement) ont été utilisées par les seules unités CRS au cours de la journée.  "Le gouvernement ne voulait plus revoir les images de violences sur les Champs. On a décalé le problème", résume un policier parisien.

Face au "climat insurrectionnel" dans les rues de Paris, plusieurs syndicats policiers ont demandé dès samedi l'instauration de l'état d'urgence. Alliance réclame ainsi le "renfort de l'armée pour garder les lieux institutionnels et dégager ainsi les forces mobiles d’intervention".  Le ministre de l'Intérieur n'a pas exclu de recourir à ce régime d'exception notamment mis en place après les attentats terroristes de Paris de 2015 ou après les émeutes urbaines de novembre 2005.  "Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n'ai pas de tabou", a déclaré samedi Christophe Castaner. "Toutes les options doivent être étudiées", a renchéri le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

(Crédit photo : Lucas Barioulet / AFP)
(Crédit photo : Lucas Barioulet / AFP)
Cette option revient sur la table après "deux échecs successifs sur la gestion du maintien de l'ordre à Paris", observe Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa-police. "On fixe des lieux pour manifester où les gens ne viennent pas", a-t-il souligné.  "Il était impossible de contrôler les identités sur un lieu (la place de l'Etoile) où il y avait des manifestants si revendicatifs. Ça allait nécessairement poser problème. La stratégie des casseurs a été payante", complète le syndicaliste qui demande l'interdiction des prochaines manifestations.

"Pavés, tirs de mortiers, bombes agricoles, nous avons été confrontés à une extrême violence. À côté, la manifestation du 1er mai, c'était de la rigolade", témoigne un CRS présent sur la place de l'Etoile, inquiet d'une violence qu'il voit monter "crescendo"
"Il y a eu une stratégie gérée par des professionnels du désordre", selon Christophe Castaner. "Camouflées en gilets jaunes", 3 000 personnes ont tourné dans Paris pour commettre des dégradations, rendant l'intervention des forces de l'ordre "beaucoup plus difficile", a-t-il défendu.

> "Le maintien de l'ordre n'est jamais une solution définitive"

(Crédit photo : Alain JOCARD / AFP)
(Crédit photo : Alain JOCARD / AFP)
Bertrand Cavallier, spécialiste du maintien de l'ordre et ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne), pointe une configuration "inédite et complexe" : un agrégat de manifestants de l'ultradroite et de l'ultragauche, de la délinquance d'opportunité, des "gilets jaunes" désireux d'en découdre au milieu d'une foule plus pacifique.    
"Tant qu'on n'aura pas dissocié casseurs et 'gilets jaunes', il sera très difficile de pouvoir améliorer le dispositif", avance-t-il. "Vous pourrez avoir 1 000 policiers et gendarmes de plus, ça ne servira à rien".

Attention aussi aux inégalités en terme de sécurité publique, prévient Guillaume Farde, co-auteur d'un rapport sur le maintien de l'ordre pour le think tank L'Hétairie, classé à gauche. "Pour sécuriser Paris, il y a de moins en moins de forces mobiles disponibles dans les territoires".  La retenue des forces de l'ordre a en tout cas permis "la possibilité d'un dialogue politique", affirme Bertrand Cavallier soulignant que "le maintien de l'ordre n'est jamais une solution définitive."
 
Rédaction web avec AFP







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