SOCIÉTÉ

Douze milliards pour sécuriser Moruroa et Tureia


Mercredi 20 Juin 2018 à 20:17 | Lu 2903 fois

​SECURITE - L’armée a inauguré mercredi à Moruroa le système Telsite 2, pour prévenir un risque potentiel d’effondrement de bloc corallien en périphérie de l’ancien atoll des essais nucléaires, et anticiper une vague qui pourrait atteindre 20 mètres sur place. Le chantier, qui a employé plusieurs centaines de Polynésiens, a coûté plus de 12 milliards Fcfp sur trois ans.


Le bunker Anémone, ancien poste de commandement des essais nucléaires, devenu centre de transmission des données géomécaniques - Photo : Mike Leyral
Le bunker Anémone, ancien poste de commandement des essais nucléaires, devenu centre de transmission des données géomécaniques - Photo : Mike Leyral
Telsite 2 permet de détecter les mouvements souterrains par un réseau de capteurs et de câbles fixés à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Toutes les données sont transmises en temps réel au Centre de Bruyères-le-Châtel du Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA), en métropole.
 

Les invités ont gardé en souvenir des petits bouts du ruban de l'inauguration - Photo : Mike Leyral
Les invités ont gardé en souvenir des petits bouts du ruban de l'inauguration - Photo : Mike Leyral
L’effondrement d’un pan de falaise de l’ordre du million de mètres cubes pourrait provoquer une vague de deux mètres sur place et d’un mètre sur la zone habitée de l’atoll. Dans ce cas, l’alerte serait donnée avec un préavis de 90 secondes : les militaires en zone vie seraient protégés par un mur, les autres devraient se réfugier sur des plateformes de sauvegarde. Ce type d’effondrement ne s’est produit qu’une fois à Moruroa, en 1979, après l’essai nucléaire Tydée. Trois hommes avaient été blessés sur l’atoll.
 

Ce câble s'enfonce à plusieurs centaines de mètres pour détecter les mouvements coralliens - Photo : Mike Leyral
Ce câble s'enfonce à plusieurs centaines de mètres pour détecter les mouvements coralliens - Photo : Mike Leyral
Le glissement d’une loupe de calcaire de 600 à 700 millions de mètres cubes, beaucoup plus massif, pourrait en revanche provoquer sur place une vague de 20 mètres, et de deux mètres sur l’atoll de Tureia, à 100 kilomètres au nord. Cette vague n’attendrait toutefois que les platiers sud, est et ouest de Tureia, et non l’unique zone habitée, située au nord. Selon l’Armée, le système Telsite 2 permet d’anticiper un tel effondrement plusieurs semaines à l’avance. Le plan communal de sauvegarde serait ainsi activé à Tureia, et Moruroa serait évacuée.
 

L'Armée a mobilisé un Gardian et un Casa pour cette inauguration - Photo : Mike Leyral
L'Armée a mobilisé un Gardian et un Casa pour cette inauguration - Photo : Mike Leyral
L’Armée juge ce scénario peu probable. « On observe depuis l’arrêt des essais en 1996 un net ralentissement du mouvement de ces masses de calcaire, inférieur à un millimètre par mois » a expliqué le Dr Frédéric Poirrier, chef du département de suivi des centres d’expérimentations nucléaires (DSCEN). Le Contrôleur Général des Armées Paul Fouilland, a rappelé que le risque était resté au niveau zéro depuis la fin des essais.

Une trentaine de militaires réside en permanence à Moruroa pour assurer la surveillance de l’atoll. Tureia compte environ 400 habitants. Selon les simulations de l’Armée, aucun autre atoll ne serait affecté par cette vague.
 

Le Contrôleur Général des Armées Paul Fouilland, responsable du projet Telsite 2, sera l'invité de TNTV jeudi soir - Photo : Mike Leyral
Le Contrôleur Général des Armées Paul Fouilland, responsable du projet Telsite 2, sera l'invité de TNTV jeudi soir - Photo : Mike Leyral
Selon l’Armée, la roche volcanique de l’atoll n’est pas fragilisée, et il n’y a donc pas de risque de contamination radioactive, les essais nucléaires souterrains ayant été réalisés dans des forages à environ 1000 mètres de profondeur.
 

Un militaire basé à Moruroa observe la délégation de hauts gradés venus visiter le bunker Anémone - Photo : Mike Leyral
Un militaire basé à Moruroa observe la délégation de hauts gradés venus visiter le bunker Anémone - Photo : Mike Leyral
« Le chantier de Telsite a mobilisé plusieurs centaines d’ouvriers et d’ingénieurs entre juin 2015 et février 2018, avec une moyenne de 120 personnes en permanence sur l’atoll » a indiqué le Lieutenant-Colonel Teiti, coordonnateur local du projet Telsite 2.

Le DSCEN assure aussi la surveillance radiologique de Moruroa et Fangataufa. Les échantillons sont prélevés sur terre, dans le lagon et dans l’océan tous les ans. Ils sont analysés par un laboratoire de la direction des applications militaires du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). « La radioactivité dans l’environnement est très faible en dehors de quatre zones sous-marines qui contiennent du plutonium » a précisé le Dr Poirrier. Son rapport annuel est adressé aux autorités de la Polynésie et de l’Etat, et rendu public sur le site internet du ministère des Armées.
 
Mike Leyral






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