SOCIÉTÉ

Air Moorea : "En plus d’avoir perdu ma mère, j’ai perdu une partie de mon père"


Mardi 9 Octobre 2018 à 15:20 | Lu 5883 fois

JUSTICE - Intense émotion, ce mardi, au lendemain de l’ouverture du procès du crash d’Air Moorea devant le tribunal correctionnel. Les familles des 20 victimes ont pris la parole pour rendre hommage à leurs proches disparus, et laisser éclater leur colère face aux dirigeants de la compagnie.


Crédit : TNTV
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Les larmes ont abondamment coulé au palais de justice, ce mardi. Celles des familles des 20 morts du crash d’Air Moorea. Pour la première fois, ces personnes qui ont perdu une mère, un père, un fils, une sœur…  ont conté la vie de ceux qui ne reviendront pas, mais aussi fait part de l’immense douleur qui les habite depuis ce tragique 9 août 2007.

Nikolaz Fourreau, le président de l’Association 9-8-7 a perdu son épouse dans le drame : "Je suis comme dans une maison qui a brûlé. Elle a retrouvé sa peinture, son mobilier, ses habitants, mais il flotte un parfum de suie et de cendres. Leurs cris de détresse résonnent dans ma tête et me réveillent chaque nuit". Son fils de 17 ans aujourd'hui a également partagé un témoignage poignant : "Mon père était assis, effondré, en larmes, lui qui était l’image de la force. Ce jour-là, tout était détruit. En plus d’avoir perdu ma mère, j’ai perdu une partie de mon père (…) Aujourd’hui, je n’ai aucun souvenir de ma mère, uniquement des photos et, parfois, j’entends une voix qui m’appelle".

> Après les larmes, la colère

La peine a aussi laissé place à la colère contre les dirigeants de la compagnie et les responsables de l’époque de l’aviation civile. Comme celle de Thibault, 11 ans, qui a perdu son père alors qu’il avait 5 mois. Il s’est adressé directement aux prévenus : "Mon père était un homme bien qui travaillait bien et il est mort à cause de gens qui travaillaient mal. Ils m’ont arraché mon père".

Ou encore cet homme qui a perdu son frère, disparu sans avoir connu ses petits-enfants. "À combien est évalué un papy, un pépé, un papou, ces petits noms que Bruno aurait aimé entendre de ses petits-enfants. Leur grand-père ne les aura jamais embrassés". Et de poursuivre : "Nous ne sommes pas face à une simple négligence. (…) Je ne suis pas prêt à avaler d’autres couleuvres. Ma famille veut des réponses. Il est temps de nous les donner et de sanctionner les fautifs"

> Une attitude déplacée

L’attitude des prévenus à l’audience, peu attentifs aux yeux des parties civiles, a aussi laissé des traces. "J’en ai vu certains sourire, déplorait Nikolaz Fourreau à l’issue de l’audience. C’est bien, on comprend leur niveau d’implication… On a entendu des propos durs sur du passé. Des prévenus s’étaient permis de commenter la vie de proches de disparus, ce qui est scandaleux et inadmissible. Je n’attends pas aujourd’hui de pardon qui vienne uniquement habiller leur défense, on s’en fout de ça maintenant, on n’en est plus là." Il l’avait d’ailleurs précisé aux prévenus pendant l’audience : "Je ne veux pas de votre bienveillance stratégique, de vos pardons incongrus, il est trop tard".
 
Mercredi, ce sont les fonctions et les missions de chacun des 8 prévenus qui occuperont les débats.
 

Rédaction web avec J-B Calvas et Sam Teinaore







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