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Un Anglais rend le ramassage des ordures "sexy" à Marseille


Lundi 21 Mars 2016 à 11:02 | Lu 909 fois

MÉTROPOLE - Coup de gueule puis coup de génie, l'Anglais Eddie Platt est devenu, en un selfie sur Facebook, l'un des chouchous des réseaux sociaux, réussissant le tour de force de faire aimer (liker) le ramassage des ordures aux Marseillais.


Eddie Platt Crédit : BERTRAND LANGLOIS / AFP
Eddie Platt Crédit : BERTRAND LANGLOIS / AFP
Casquette de baseball, barbe poivre et sel, un T-shirt où l'on peut lire "made in Leeds", sa ville d'origine, Eddie promène depuis octobre sa longue silhouette (pas loin de 1,90 m) de journaux en plateaux télé pour parler de son initiative : avec une page Facebook publiée en septembre -"1 Déchet par Jour / 1 Piece of Rubbish"- il souhaite inciter à ramasser canettes et papiers gras pour nettoyer les rues.
 
Son idée est simple : poster un selfie sur les réseaux sociaux lorsqu'on ramasse un déchet pour le mettre à la poubelle. "A Marseille c'est admis de jeter, c'est mal de ramasser", a coutume de dire Eddie. 

Si aujourd'hui le succès est là -plus de 5 000 fans sur les réseaux sociaux, des adeptes dans le monde entier de Buenos aires à New York et déjà plus de 10 tonnes de détritus récoltés-, sa démarche a d'abord été personnelle.
"Je suis retourné l'été dernier à Leeds et j'ai réalisé que ma ville était sale, que la saleté ce n'était pas qu'à Marseille. Dire que depuis quatre ans je disais "en Angleterre on est plus propre"".
 
La différence entre Eddie et la majorité des gens, c'est qu'il refuse le fatalisme et agit. Il poste mi août un premier selfie sur Facebook depuis Roundhay Park, un grand parc de Leeds où il ramasse un déchet. La démarche fait des émules, l'histoire est en marche.
Eddie est ensuite passé au ramassage de groupe : fin janvier, il a réussi le tour de force de faire lever quelque 350 Marseillais un dimanche matin pour débarrasser la colline de la Bonne Mère des détritus. Quelques semaines plus tard, il a récidivé sur le Vieux-Port.
 
L'Anglais fonctionne au feeling et prend souvent des virages à 180°. Après avoir été manager dans la restauration - "une dizaine d'années à faire du pognon, j'ai même servi une fois la reine d'Angleterre" -  puis commercial, ce célibataire décide de devenir professeur d'anglais à l'étranger. 
"Je suis parti enseigner en Pologne, et j'ai perdu 90% de mes revenus", explique-t-il. "Je n'étais plus motivé par l'argent, j'avais envie d'aider les gens à enrichir leur vie."
 
Il y a cinq ans, une amie lui propose de venir enseigner à Naples. Mais lors de sa migration vers le Sud en stop, il fait escale à Marseille et c'est le coup de foudre : "C'est une ville innovante, c'est pauvre, des gens galèrent mais il y a une bonne énergie", dit-il. 
Il s'y installe comme coach d'anglais, "a f***cking English teacher", précise sa carte de visite.
 
"Eddie, c'est un gars qui a une énergie folle. Son idée, il en parle tout le temps, c'est vraiment un homme de réseaux sociaux", dit son ami Georges-Edouard Legrè.
Il faut dire qu'Eddie a le sourire de Hugh Grant, parle un français approximatif et charmant comme Jane Birkin et possède un sens de la dérision digne des Monty Python. "J'étais dans une soirée chiante chez un notaire, je me suis mis à poil, j'ai sauté dans la piscine et en quelques minutes tout le monde était à poil", raconte le néo Marseillais.
 
Georges-Edouard, le "100% Marseillais", est sous le charme : "Je lui ai dit "si tu arrives à transformer les habitudes des Marseillais, tu es mon dieu". Spécialiste du "marketing viral", il a aidé Eddie à monter une page communautaire , puis un site et un compte Twitter.
 
Romain Jouanaud, un jeune directeur artistique qui travaille dans le même espace de coworking qu'Eddie, a rejoint l'association de bienfaiteurs 2.0 : "Je lui ai dit "laisse-moi faire un logo pour mettre en avant l'idée autrement que par des mots"".
Eddie et ses potes sont maintenant à la recherche de fonds pour développer d'autres actions. "Ramasser, ça devient sexy", affirme l'Anglo-Marseillais, "on ne va pas s'arrêter là".
AFP








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