SOCIÉTÉ

Titaina ou la fureur de vivre


Mercredi 28 Septembre 2016 à 17:12 | Lu 6489 fois

PORTRAIT - La Polynésie compte entre 120 et 150 patients brûlés par an. Parmi eux, une dizaine de cas graves nécessite une évacuation sanitaire à l'hôpital de Middlemore en Nouvelle Zélande. Nous avons rencontré Titaina 58 ans, brûlée au deuxième degré en 2012, cette mère de famille est une miraculée.


Crédit photo: Tahiti Nui Télévision
Crédit photo: Tahiti Nui Télévision
A première vue, difficile de croire que cette femme a été brûlée au deuxième degré sur tout son corps. En 2012, un bidon d'essence explose dans sa main. Titaina s'en rappelle comme si c'était hier. "J'ai voulu mettre de l'essence sur des braises pour raviver le feu, et il y a eu un retour de flammes, c'est comme cela que j'ai été brulée", indique Titaina. "J'étais en panique totale", poursuit-elle. Prise de panique et proche d'un ravin, l'idée de se jeter dedans lui a effleuré l'esprit "Je me suis dit que peut-être en sautant cela allait éteindre le feu..."

"Je ne sais pas ce qui m'a retenu de sauter... Si j'avais sauté... Je ne serais plus là". Ses premiers réflexes... Courir partout, se rouler par terre et crier... Crier, cet appel à l'aide a été entendu  par l'un de ses neveux. Arrivé sur les lieux en premier, il parvient à éteindre le feu à l'aide d'un sac de jute. Mais pour Titaina c'était déjà trop tard.

Transportée dans la benne de la voiture jusqu'à l'hôpital Jean-Prince, "comme un bois mort qui fumait" dixit Titaina. Elle arrive inconsciente aux urgences. Inconsciente à tel point que les pompiers ont cru qu'elle était morte, et pourtant... "Je les entendais dire que je n'avais plus de pouls, que j'étais morte, mais j'étais dans l'incapacité de réagir."

Rapidement, Titaina est évacuée d'urgence en Nouvelle-Zélande à l'hôpital des grands brûlés. Elle y subi plusieurs greffes de la peau sur les bras et les jambes. "Je suis restée un mois et demi là-bas. Je me suis battue, je ne voulais pas rester deux ou trois mois en Nouvelle-Zélande." Les médecins lui prédisaient six mois d'hospitalisation.

Elle remercie le ciel de s'en être tirée à si bon compte, si l'on peut dire... "Merci Seigneur.. Là bas ils m'ont fait des soins. ils m'ont enlevé de la peau sur le dos pour me la greffer sur les bras, les mollets et d'autres parties du corps."

Dans sa tête, Titaina se voyait défigurée. Visage brulé, barré de cicatrice. Elle appréhendait sa première rencontre avec... un miroir. Elle retardait au maximum cette confrontation inévitable avec son propre reflet. Quand elle s'est vue pour la première fois, bandages enlevés, elle a explosé de joie... "J'ai crié et remercié le docteur. Thank you, thank you so much..." dit-elle, revivant ce moment clé de sa vie. "No, not me", lui répondit le médecin, "Thank you Lord."

Les médecins eux-mêmes ne revenaient pas de la rapidité de la guérison. Et pour cause, lors de sa dernière intervention sur la table d'opération, son cœur s'était arrêté de battre durant deux heures. Elle est restée plus de huit heures au bloc chirurgical. "Vous êtes une miraculée..." tels étaient les premiers mots des chirurgiens, à son réveil.

Depuis, Titaina a repris normalement le cours de sa vie. "je vis dans le bonheur aujourd'hui, simplement, mais dans le bonheur. J'ai fait le deuil de ce qui s'est passé". Planter un bananier sur le lieu du drame, des fleurs, une manière d'exorciser ce qui a bien failli lui coûter la vie.

Depuis, comme un lieu de pèlerinage, Titaina se rend régulièrement seule sur la montagne, entretenant l'endroit et remplissant d'essence la débroussailleuse pour ce faire. Aucune peur ni appréhension. Le passé appartenant au passé.

 
Rédaction Web avec Brandy Tevero et Tauhiti Tauniua-Mu San







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