SOCIÉTÉ

Rapport de situation sur les SDF à Tahiti


Mercredi 4 Novembre 2015 à 15:21 | Lu 665 fois

SOCIAL - Vivre dans la rue aujourd’hui : Qui ? Comment ? Pourquoi ? C’est ce qu’a cherché à déterminer le collectif Te ta’i vevo qui vient de publier un rapport de situation. Rapport assorti d’une dizaine de préconisations concrètes et immédiates.


Images extraites du rapport du collectif Te Ta’i vevo
Images extraites du rapport du collectif Te Ta’i vevo
Le collectif Te ta’i vevo, qui regroupe plusieurs associations comme la Croix rouge, l’Ordre de Malte, ou encore Te torea, dénombre 400 personnes qui dorment dans la rue à Tahiti. La moitié de manière permanente. Un chiffre multiplié par 10 en vingt ans. 
En moyenne, 4 sur 10 de ces personnes consomment du paka et 1 sur 2 consomme de l’alcool.

Parmi eux une vingtaine de mineurs aux comportements difficiles. Beaucoup sont "fa’a’amu". Une partie d’entre eux a grandi dans la rue et acquis des principes de vie afférents : vols pour manger, déscolarisation, violence, manque d’éducation verbale et d’hygiène…
 
On trouve autant de jeunes majeurs (18-26 ans) dans la rue. La moitié d’entre eux est passée par Nuutania. Et si les contrats d’accès à l’emploi ont pu apparaître comme une solution provisoire: les associations constatent qu’ils ne sont pas une réponse adaptée, notamment parce-qu’ils ne favorisent pas la croissance économique en Polynésie.
Sur 20 personnes en formation professionnelle suivies par Te Torea, 2, ont pris un logement. Des débordements ont été constatés quant à l’utilisation du salaire des personnes en contrats CAE : un salaire principalement utilisé pour l’achat de paka et d’alcool.  
 
Chez les jeunes, un accroissement de la prostitution est également mis en lumière, avec un changement des comportements. Des réseaux se sont créés via Facebook. Les associations déplorent un manque de communication avec les personnes concernées.
 Enfin, les travailleurs sociaux remarquent que la perception de la rue, pour les jeunes majeurs, est le plus souvent la liberté.
 
Autre type de public que l’on trouve dans la rue : les anciens détenus. Le rapport relate le témoignage d’un SDF, jugé pour vol, à sa sortie de prison : "J’avais pas mangé depuis la veille. J’ai raté le petit déjeuner du Père Christophe, j’avais vraiment trop faim".  Il ajoute "J’en ai marre de voler et de faire du mal au gens, j’ai besoin d’un coup de pouce".
On trouve aussi des détenus qui ont purgé de très longues peines, et qui n’ont plus de repères à l’extérieur de la prison.

De plus en plus de personnes âgées sont également confrontées à la perte d’habitation. Elles sont 57, à Tahiti. Parmi elles : 5 femmes. La moitié des SDF seniors subit des troubles psychiatriques. Rejetées par les employeurs, par la famille parfois, elles fuient le plus souvent le domicile par elles-mêmes. Racket, escroqueries familiales… la personne âgée devient parfois la banque de la maison. Les handicaps physiques et les maladies dégénératives peuvent également les conduire vers la rue.

La surpopulation dans les logements et le manque d’habitations sociales sont pointés du doigt. A Tipaerui par exemple : un immeuble de logements OPH abrite jusqu’à 35 personnes dans un même appartement. La nuit, elles tirent des matelas sur le toit, pour dormir.

Face à ce constat, le collectif Te ta’i vevo suggère des préconisations. Il recommande d’anticiper les situations de ruptures familiales. D’ouvrir un centre éducatif et de favoriser la lutte contre le décrochage scolaire. Autre nécessité : Faciliter les démarches administratives. La carte d’identité coûte cher, et est nécessaire pour l’ouverture d’un compte bancaire, indispensable pour trouver un travail. Le collectif propose l’exonération de timbres fiscaux, une aide pour les transports, et des aides pour ouvrir un compte bancaire.

Te ta’i vevo interpelle également les autorités sur la nécessité d’une approche médicale et psychiatrique adaptée. Peut-être grâce à des structures semi-médicalisées, une meilleure formation des personnels de terrain, l’intégration d’un médecin dans les équipes de pompiers, et l’ouverture d’urgences psychiatriques.

Les associations recommandent également la création de foyers de jeunes travailleurs, un budget dédié au retour dans les îles pour les personnes en situation d’errance. Et que la Polynésie déclare la lutte contre les addictions "grande cause du pays".
Laure Philibert


Tags : SDF





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