SOCIÉTÉ

Liberté de la presse : Pierre Marchesini répond à Reporters sans frontières


Lundi 23 Mars 2015 à 17:50 | Lu 953 fois

Médias. Après le président Edouard Fritch, c'est au tour du groupe Média Polynésie de répondre à la lettre ouverte de Reporters sans frontières.


photo d'archive
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Dans une lettre ouverte adressée au président de la Polynésie jeudi dernier, Reporters sans frontières (RSF) faisait part de ses inquiétudes concernant la liberté de la presse en Polynésie (lire ICI). Elle évoquait les "pressions financières auxquelles font face les journaux" citant le cas de La Dépêche de Tahiti. Reporters sans frontières déplorait également la fermeture du quotidien Les Nouvelles de Tahiti. Enfin, l'ONG critiquait le discours d'Edouard Fritch lors de ses voeux à la presse.

Le président de la Polynésie a rejeté les accusations de l'ONG et déclaré avoir des relations "ouvertes" et "franches" avec les journalistes (lire ICI).  

Ce lundi, Pierre Marchesini, directeur de publication de La Dépêche de Tahiti, réagit à son tour. Dans une lettre titrée "Reporters sans frontières n'a pas peur du ridicule", il pointe du doigt la "légèreté professionnelle" dont ferait preuve, selon lui, l'auteur de la lettre, Antoine Héry, journaliste responsable du bureau Union européenne et Balkans pour RSF. 
Le directeur de publication revient sur la fermeture du journal Les Nouvelles de Tahiti, qui " perdait entre 10 et 20 millions de francs Pacifique par mois", explique-t-il. Il écarte tout autre motif y compris celui de règlement de compte avec les journalistes, précisant qu'ils ont tous été repris dans l'autre quotidien du groupe, La Dépêche de Tahiti. 
Pour Pierre Marchesini, la lettre ouverte de Reporters sans frontières "est un tissu d'affirmations gratuites et erronées", conclut-il. 

 
Reporters sans frontières n'a pas peur du ridicule
 
Dans une lettre ouverte datée du 19 mars 2015, M. Héry, délégué de l'association "Reporters sans frontières" pour l'Union européenne et les Balkans (!) s'adresse au président de la Polynésie française, M. Edouard Fritch, pour lui "faire part de ses inquiétudes concernant la situation de la liberté de la presse en Polynésie française".

 
Causes des inquiétudes de M. Antoine Héry: "Depuis 2013, les pressions financières auxquelles font face les journaux et les difficultés que rencontrent les journalistes dans leur travail se sont accentuées".
S'en suit un couplet bizarre sur "le manque d'indépendance des médias vis-à-vis des pouvoirs économiques, politiques et religieux (…) problème fréquent sur les petits territoires", qui souligne que néanmoins "le Luxembourg, le Liechtenstein ou l’Andorre, se classent respectivement 19ème, 27ème et 32ème au Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2015 (…) devant la France, qui arrive en 38ème position". Oui, et alors? Et la Polynésie française, quel classement? Qu'est-ce qui nous prouve qu'elle n'est pas devant le Luxembourg?
Puis il revient sur "les pressions économiques des actionnaires sur les journaux" qui, selon lui, "impactent indéniablement leur contenu éditorial, comme cela peut être le cas pour La Dépêche de Tahiti". Et d'en remettre une couche: "L’autocensure que s’imposent certains journaux est aussi une conséquence directe des contraintes exercées par leurs propriétaires".
 
Subventions du pouvoir politique?!
 
Comme dirait Brassens "qu'en sait-il, le bougre?" Que sait-il de la presse en Polynésie pour formuler de telles accusations? Même à Tahiti, surtout dans les milieux de la presse où l'on connaît ses indéniables difficultés, personne n'est en mesure d'affirmer preuves à l'appui qu'elles débouchent sur une "autocensure" liée à l'actionnariat. M. Héry, qui en principe doit être journaliste, fait preuve ici d'une grande légèreté professionnelle.
Mais où il se ridiculise carrément, c'est lorsqu'il fait appel au pouvoir politique local pour régler ce prétendu problème. Il ose même parler de "l’octroi des subventions" pour garantir "la pensée libre et la parole contradictoire". Comment peut-on être libre à l'égard d'un pouvoir dont on dépend financièrement?
Demande inutile, d'ailleurs, puisque dans la phrase suivante il évoque "la fermeture des Nouvelles de Tahiti (…) qui se distinguait par ses propos tranchés, y compris à l’égard de son nouveau propriétaire". Cette remarque perfide accentue le ridicule de la demande d'aide financière au pouvoir politique puisque, si l'on en croit l'accusation induite, subvention ou pas, ce nouveau propriétaire aurait de toute façon liquidé ce journal pour se venger de ce qui avait été écrit sur lui.
 
M. Héry: "Savez-vous comment se finance un journal?"

La vérité, M. Héry, c'est que ce quotidien perdait entre 10 et 20 millions de francs Pacifique par mois (oui vous avez bien lu, près de deux cent mille euros) en raison de la chute des ventes et des rentrées publicitaires, et qu'aucune subvention n'aurait pu le sauver car il était dans une situation de grave déficit, de plusieurs millions d'euros. Sans le soutien de son groupe depuis des années, il aurait disparu depuis longtemps.
A tel point que l'autre actionnaire des Nouvelles, M. Albert Moux, n'a pas répondu à la proposition de participer au renflouement du journal, préférant lancer par ailleurs son propre quotidien. Si vous ignorez comment on finance un journal, M. Héry, il y a des gens qui le savent bien à Tahiti.
Et pour être totalement objectif, M. le délégué de Reporters sans frontières, ne pensez-vous pas que si le nouveau propriétaire avait décidé de fermer Les Nouvelles pour "régler des comptes" il aurait tout simplement déposé le bilan afin de pouvoir licencier les "vilains journalistes" qui avait osé écrire du mal de lui? Et pourtant (votre honorable correspondant à Tahiti a sans doute omis de vous l'expliquer) ce grand naïf a décidé de ne licencier personne et de reclasser tout le personnel des Nouvelles à La Dépêche ou dans les autres médias du groupe!
Sincèrement, cher M. Héry, pouvez-vous me citer des exemples de journaux, même de gauche, qui, face à la nécessité de fermer certaines de leurs activités ou filiales, ont choisi de reclasser tout le personnel de la branche malade?
 
Affirmations hasardeuses
 
Poursuivons. Qu'est-ce qui vous permet cette affirmation: "En Polynésie française, les médias sont moins nombreux et les journalistes plus sédentaires qu’en métropole"? Proportionnellement, rien n'est moins sûr. Depuis les années 90, nous avons assisté à la naissance de deux quotidiens: Tahiti Matin et Tahiti Infos, quatre hebdomadaires: Le consommateur polynésien, La Tribune Polynésienne, L'Echo de Tahiti Nui, Toere, La Semaine de Tahiti, Fenua Orama, deux mensuels: Tahiti Pacifique et Maisons du Fenua, deux annuels économiques: le Dixit et Fenua Economie, sans oublier une demi-douzaine de journaux municipaux et autant de médias sur Internet… et probablement d'autres.  Certains de ces médias ont disparu, mais les créations et les disparitions ont inévitablement créé de nombreux mouvements de journalistes, à tel point qu'il est ridicule de qualifier ceux-ci de "sédentaires".
Passons sur les propos reprochés au président du Pays, qui est assez grand pour les justifier, et rions une dernière fois en évoquant votre conclusion, dans laquelle vous demandez à M. Edouard Fritch de "rencontrer les journalistes du club de la presse nouvellement créé à Tahiti" (Fichtre! Vous êtes bien informé!), "pour mieux comprendre les démarches qu’il est nécessaire d’entreprendre afin d’améliorer la liberté de la presse en Polynésie française".
Outre qu'il est aussi niais que risible de demander à un pouvoir politique quel qu'il soit d' "assurer aux journalistes (…) des conditions de travail favorables à l’expression libre et indépendante", il est bien présomptueux pour un journaliste parisien d'affirmer que ses confères polynésiens seraient victimes des "interférences du milieu économique et politique" (Ha bon, c'est un seul et même milieu?).
 
En conclusion, M. le "délégué de l'association Reporters sans frontières pour l'Union européenne et les Balkans", votre lettre ouverte est un tissu d'affirmations gratuites et erronées qui n'honore pas votre profession. Et si vous répondez à cet article, merci de nous indiquer combien il y a de journalistes en prison dans les Balkans.
 
Pierre Marchesini
Directeur de publication
de La Dépêche de Tahiti

reporters_sans_frontieres_reponse.doc Reporters sans frontières réponse.doc  (39.5 Ko)


La lettre ouverte de RSF
 
Monsieur le Président,

Reporters sans frontières (RSF), organisation internationale de défense de la liberté de l’information, souhaite vous faire part de ses inquiétudes concernant la situation de la liberté de la presse en Polynésie française. Depuis 2013, les pressions financières auxquelles font face les journaux et les difficultés que rencontrent les journalistes dans leur travail se sont accentuées. Nous espérons donc que vous saurez apporter dans un futur proche des solutions concrètes à un contexte de travail difficile pour les journalistes.
Nous convenons que le manque d'indépendance des médias vis-à-vis des pouvoirs économiques, politiques et religieux est un problème fréquent sur les petits territoires, plus exposés aux problèmes de concentration de la propriété des médias et aux conflits d’intérêt. Pourtant, le Luxembourg, le Liechtenstein ou l’Andorre, se classent respectivement 19ème, 27ème et 32ème au Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2015. Ces petits territoires sont devant la France, qui arrive en 38ème position.
Les pressions économiques des actionnaires sur les journaux impactent indéniablement leur contenu éditorial, comme cela peut être le cas pour La Dépêche de Tahiti. L’autocensure que s’imposent certains journaux est aussi une conséquence directe des contraintes exercées par leurs propriétaires. Pour pallier ce phénomène, RSF vous demande de tout faire pour maintenir un journalisme libre et indépendant en Polynésie française. En tant que président de la Polynésie française, il est de votre responsabilité de montrer l’exemple en matière de respect de la liberté de l’information et de faire votre possible pour encourager et développer le pluralisme. Un premier pas vers cet objectif passerait par l’octroi des subventions de la puissance publique indépendamment du positionnement éditorial des médias.
La fermeture des Nouvelles de Tahiti a tristement marqué l’année 2014. Ce quotidien, qui se distinguait par ses propos tranchés, y compris à l’égard de son nouveau propriétaire, était une pierre angulaire de la presse libre polynésienne. Il avait participé activement, au cours de ses 57 ans d’existence, à la persistance d’une couverture médiatique pluraliste en Polynésie française. Sa fermeture pour “raisons économiques” fait peser le spectre d’un malaise démocratique profond, où la pensée libre et la parole contradictoire sont mises à mal au profit de la concentration du pouvoir économique et politique.
 

Journalisme et politique

 
Nous mentionnions plus haut que les petits territoires étaient plus sujets aux conflits d’intérêt et aux problèmes de concentration. En Polynésie française, les médias sont moins nombreux et les journalistes plus sédentaires qu’en métropole ; un phénomène que l’on retrouve dans le paysage politique. Dans un tel système, les vertus des individus sont parfois plus importantes que celles du système. Dès lors, en tant que responsable politique de premier plan, vous avez une responsabilité tout particulière.
RSF souhaite attirer votre attention sur des propos que vous avez tenus à l’occasion de vos voeux à la presse du 21 janvier 2015. Vous avez affirmé au cours de ce discours : “Il faut se garder, à mon sens, de donner trop d’ampleur à des agitations politico-médiatiques qui viennent saper la nécessaire confiance que doivent avoir les Polynésiens, les chefs d’entreprises, les investisseurs, dans l’avenir de notre pays”, en ajoutant “je pense aussi que la parole doit être plus rare pour ne pas entretenir de polémiques inutiles qui n’intéressent pas nos compatriotes”.
Nous tenons à vous rappeler que, pour que la démocratie fonctionne, il est essentiel que la presse puisse agir indépendamment de toute pression politique. Cela implique aussi que tous les journalistes puissent publier librement des informations d’intérêt public, même si ces dernières sont liées à des “agitations politico-médiatiques”, à des “polémiques” ou si elles ont des “effets négatifs sur l’économie ou le tourisme”.
Nous avons aussi été étonnés de vous voir employer les termes de “respect” et de “loyauté” pour définir vos relations avec la presse. C’est le principe même d’indépendance que vous remettez en question. Il nous paraît important de souligner qu’aucune relation de loyauté ne doit obstruer le journalisme d’investigation. Plus généralement, aucun journaliste, quelque soit son média et son domaine d’expertise, ne se doit d’être loyal vis-à-vis de votre administration.
Nous vous demandons en conséquence de reconsidérer vos propos et, à l’avenir, de prendre en considération l’impact négatif pour la liberté de l’information de ce que vous avez déclaré lors de vos voeux à la presse.
Nous vous appelons également à discuter avec les journalistes du club de la presse nouvellement créé à Tahiti, pour mieux comprendre les démarches qu’il est nécessaire d’entreprendre afin d’améliorer la liberté de la presse en Polynésie française.
Nous espérons que vous saurez assurer aux journalistes polynésiens des conditions de travail favorables à l’expression libre et indépendante, au-delà de toutes interférences du milieu économique et politique. 
 
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués.


Antoine Héry
Responsable du bureau Union européenne et Balkans
Reporters sans frontières

 

La lettre du président Edouard Fritch 
 
Le Président                    N°                               / PR 
  
Papeete, le
   
à 
  
MonsieurAntoine HERY 
Responsable du bureau UE et Balkans 
Reporters sans frontières 
47, rueVivienne 
75 002 PARIS 
  
  
  
  
Monsieur, 
J’ai bien pris connaissance de la lettre ouverte que vous avez bien voulu m’adresser concernant la situation de la presse en Polynésie française. 
Vous faites état de « pressions économiques et politiques » ou de cas « d’autocensure » des journalistes et vous me demandez quelles solutions concrètes je saurais apporter à un contexte de travail difficile pour les journalistes. 
Je trouve pour le moins étonnant que vous me sollicitiez sur ce point puisqu’il n’appartient pas au pouvoir politique de s’immiscer dans des affaires qui ne relèvent pas de sa compétence, surtout quand vous soulignez avec justesse que les journalistes doivent rester indépendants du pouvoir politique. 
Je vous rappelle par ailleurs qu’en Polynésie française, bien qu’autonome, ce sont bien les lois de la République qui s’appliquent  et que la liberté de la presse est garantie par la Constitution. Malgré les termes de votre approche, il ne me semble pas que la situation des médias locaux diffère de celle de l’ensemble du territoire national où l’on constate des concentrations dans la presse liées à des impératifs économiques. 
Je crois par ailleurs que si le quotidien Les Nouvelles a fermé ses portes après le changement de propriétaire, c’est bien en raison des difficultés économiques qui avaient d’ailleurs poussé le groupe Hersant à se séparer de ses titres en Polynésie française. Dans un contexte économique très tendu, où la publicité s’est raréfiée, le groupe repreneur n’avait sans doute pas d’autre choix. 
  
Je note d’ailleurs que le maintien de deux quotidiens par le groupe Hersant relevait d’une stratégie qu’il a appliqué dans certaines régions de métropole pour limiter l’implantation de titres concurrents. Or, il s’avère qu’un autre groupe, très solide économiquement, avait commencé à jalonner son implantation avec le gratuit d’information Tahiti Infos. 
Pour autant, et malgré la fermeture des Nouvelles, il ne me semble pas que la liberté de la presse soit particulièrement menacée en Polynésie française où il existe une rare diversité des moyens d’information pour  notre petite communauté de 260.000 habitants. 
Ainsi, la Polynésie française peut s’enorgueillir de disposer de deux quotidiens d’information générale, de deux chaînes de télévision locale (une troisième est en gestation), de quatre sites d’information en ligne, de vingt-six radios, dont six d’information générale, d’un mensuel et de nombreux périodiques. Cela sans compter la multiplicité d’accès aux réseaux sociaux. 
Il me semble qu’au regard de cette diversité, la pluralité et la liberté de l’information sont largement assurées. 
Vous me proposez par ailleurs, pour garantir une pluralité de la presse qui existe déjà, que la puissance publique octroie des subventions aux médias. Je crains que sur ce point, vous soyez particulièrement mal informé par votre représentant local. 
Je tiens d’abord à vous préciser  que, la Polynésie française faisant partie de la République,  la presse écrite, ainsi que les services de presse en ligne basés dans notre collectivité, sont éligibles au fonds stratégique pour le développement de la presse (décret 2014-659 du 23 juin 2014) et qu’il convient à ces organes de presse de formuler leurs demandes éventuelles. 
Par ailleurs, les radios locales associatives sont éligibles au fonds de soutien à l’expression radiophonique (décret 2006-1067 du 25 août 2006). 
Ces fonds d’Etat garantissent indéniablement l’indépendance des médias à l’égard du pouvoir politique polynésien. 
Polynésie 1ère, télé et radio, relevant du groupe France Télévisions, est également largement subventionnée par le budget de l’Etat pour son fonctionnement et ses achats de programmes. 
Localement, la Polynésie française consacre annuellement sur son budget une somme de plus de 800 millions de francs CFP (près de 7 millions d’euros) pour le fonctionnement de la chaîne TNTV, sans compter les subventions d’équipement que peut présenter la société, ni la subvention exceptionnelle qui a été accordée ces dernières années pour l’apurement de la dette auprès de ses fournisseurs (672 millions de FCFP, soit environ 5 millions d’euros), faute de quoi elle aurait été déclarée en cessation de paiement. 
Je vous indique également qu’un rapport de l’inspection générale des finances (nationale), publié en septembre 2012, a préconisé la fermeture de TNTV jugée trop pesante pour les finances publiques. L’assemblée de la Polynésie française, et j’en faisais partie, s’y est fermement opposée pour garantir la pluralité de l’information télévisée. 
  
Sur le plan du soutien financier aux entreprises de presse, je vous indique qu’elles sont également éligibles au dispositif de la défiscalisation locale pour leurs investissements. C’est ainsi que la société Pacific Presse (Tahiti Infos) a été agrée en décembre 2013 pour l’achat d’une rotative  pour un crédit d’impôt maximum d’un peu plus de 255 millions FCFP (soit un peu plus de 2 millions d’euros). 
D’autre part, les entreprises de presse bénéficient d’un régime fiscal favorable à l’importation du papier-journal, les entreprises agréées au titre de la règlementation locale pouvant même être exonérées de droits de douanes. 
Enfin, à l’instar de la métropole, la presse bénéficie d’un régime postal préférentiel grâce à l’établissement public Office des postes et télécommunications. 
Ainsi, vous voyez que les fonds publics sont déjà largement mis à contribution en faveur des médias et que le budget de la Polynésie française se doit d’intervenir dans bon nombre d’actions relevant de l’intérêt général, notre priorité actuelle allant à la relance économique et à l’emploi. Une bonne santé économique et financière du Pays ne peut être que favorable à la bonne santé de la presse. 
Vous avez souhaité également revenir sur les propos que j’ai tenu devant les responsables des rédactions à l’occasion des vœux que j’ai présenté à la presse le 21 janvier dernier et dont vous n’avez retenu que certains passages. 
Lors de ce discours, j’ai exprimé un point de vue qui peut ne pas être partagé par les journalistes, je le conçois. Mais en aucun cas, ce point de vue était constitutif d’éventuelles pressions, et ceux qui me connaissent bien – notamment les journalistes qui travaillent en Polynésie – savent bien que je ne suis pas d’un tempérament interventionniste. Je le rappelais d’ailleurs dans mon discours en ces termes : « Vous êtes libres, bien évidemment, d’apporter votre éclairage, votre point de vue. Ce qui m’importe, c’est que l’information de base reste, si ce n’est totalement objective – nous n’atteindrons jamais la perfection en la matière -, du moins qu’elle ne soit pas emprunte d’impartialité, où qu’elle vienne servir des intérêts particuliers ». 
  
Encore une fois, mon point de vue n’était pas une injonction, et les responsables des rédactions ne m’ont pas formulé de commentaire particulier lors du cocktail que nous avons partagé. 
  
En tout état de cause, ma parole est libre, au même titre que celle des journalistes. C’est cela aussi la démocratie. 
  
Et si j’ai bien employé le terme de « loyauté », je vous invite à le replacer dans le contexte de la phrase prononcée : « je souhaite que nos relations s’inscrivent dans un climat de confiance et de respect mutuel, de loyauté aussi ». Il s’agit donc de réciprocité, ce terme s’appliquant également à moi. Je vous renvoie par ailleurs à la définition du Larousse de ce terme : « probité, droiture, honnêteté », ce qui me semble correspondre à l’esprit de la charte de déontologie des journalistes (la déclaration de Munich de 1971, qui a sans doute mieux apprécié le terme « loyauté » que vous,  rappelle d’ailleurs qu’un journaliste ne doit « pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations »). 
  
Pour ce qui me concerne, mes relations avec les journalistes sont ouvertes et franches. Chacun peut discuter librement avec moi, sans qu’il soit nécessairement utile d’user d’un certain formalisme, d’autant que dans notre petit pays chacun se connaît bien et se tutoie. 
  
Je n’ai jamais cherché à entraver le travail de la presse ou à fait quelque pression qui pourrait nuire à l’exercice de l’expression libre et indépendante des médias. C’est très mal me connaître que de penser ainsi. 
  
J’espère avoir répondu à vos interrogations et je vous incite à venir en Polynésie française pour vous rendre compte par vous-même de la réalité du paysage médiatique polynésien, mais aussi des difficultés économiques auxquelles notre Pays a à faire face depuis une dizaine d’années, et qui ont entraîné la fermeture de nombreuses entreprises et la perte de 15.000 emplois. 
  
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations les meilleures. 
  

 


Copie(s) : 
PR         1 
VP         1 
SGG      1 
IGA       1 
REG      1 
SAGE    1 
TUAIVA              1
  Edouard FRITCH
 






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